Cabinet Olivia SIGAL

Avocat à la Cour de Paris, spécialiste du droit de la sécurité sociale et de la protection sociale

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La prescription de l’article 2224 du code civil n’est pas applicable au recours de l’employeur aux fins d’inopposabilité de la décision par laquelle la caisse primaire d’assurance maladie prend en charge, au titre de la législation professionnelle, l’accident ou la maladie du salariéby Olivia Sigal

On a déjà vu que sous l’empire des dispositions du décret 99-323 du 27 avril 1999 (demeurées en vigueur jusqu’au 1er janvier 2010), l’article R.441-14 du code de la sécurité sociale prévoyait, que la décision prise par la caisse à propos d’une demande de prise en charge d’une maladie professionnelle ou d’un accident du travail était « notifiée à la victime ou à ses ayants droit sous pli recommandé avec demande d’avis de réception. En cas de refus, le double de la notification est envoyé pour information à l’employeur. »

La Cour de Cassation avait alors décidé que, dans la mesure où la décision de la caisse n’était envoyée à l’employeur que pour information, cet envoi de la décision ne faisait courir aucun délai, de sorte que cette décision ne pouvait acquérir un caractère définitif à l’égard de l’employeur (Cass. Civ. 2ème 25 avril 2013, sur le pourvoi 12-19830 ; Cass. Civ. 2ème 24 mai 2017, sur le pourvoi 16-18367).

L’employeur pouvait donc engager à tout moment une action tendant à voir constater l’inopposabilité à son égard de la décision prise par la caisse.

Il s’ensuit qu’aujourd’hui encore, il arrive que des employeurs conteste des décisions de prise en charge intervenues dans des dossiers concernant des accidents du travail ou des maladies professionnelles dont l’instruction a été commencée avant le 1er janvier 2010

Pour tenter de mettre un terme à cette situation, des caisses ont procédé à des notifications qui se sont avérées impuissantes à faire courir un délai (voir article https://sigal-avocat.com/2020_06_15/).

Elles ont ensuite envisagé un autre moyen pour conclure à la tardiveté des recours formé par les employeurs à l’encontre de certaines décisions prises dans ces dossiers.

Elles ont invoqué les dispositions du code civile afférentes à la prescription.

Elles ont fait valoir que l’ancien article 2262 du code civil disposait que toutes les actions, tant réelles que personnelles, étaient prescrites par 30 ans et que, depuis l’entrée en vigueur, le 19 juin 2008, de la loi nº 2008-561 du 17 juin 2008, l’article 2224 du code civil prévoit que les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d’un droit a connu au aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer.

Ces nouvelles dispositions qui réduisent la durée de la prescription s’appliquent aux prescriptions en cours à compter du jour de l’entrée en vigueur de la loi, sans que la durée totale puisse excéder la durée prévue par la loi antérieure (article 26 de la loi du 17 juin 2008).

Selon les caisses, il s’ensuivait qu’en l’absence de texte spécifique applicable, la prescription trentenaire — aujourd’hui réduite à cinq ans — a vocation à régir toutes les actions personnelles ou mobilières et, en particulier, celle visant à voir reconnaître le caractère inopposable à l’employeur de la prise en charge de la maladie professionnelle du salarié.

Des arrêts de cour d’appel ont été convaincu par cette argumentation et décidé qu’en l’absence de délai de prescription spécifique à l’action visant à voir reconnaître le caractère inopposable à l’employeur de la décision de prise en charge de la maladie professionnelle du salarié, la caisse primaire est fondée à se prévaloir de la prescription quinquennale de droit commun de l’article 2224 du code civil.

Aussi, pour ces juridictions, le délai de prescription de cinq ans prévu par l’article 2224 du code civil a débuté à partir à laquelle la caisse a pris sa décision portée à la connaissance de l’employeur qui connaissait alors, ou du moins aurait dû connaître, les faits permettant d’exercer son action en contestation de la décision de prise en charge de la maladie professionnelle ou de l’accident du travail.

Les employeurs ont formé des pourvois à l’encontre de ces décisions.

Dans ces pourvois, les employeurs ont fait valoir que « le recours contre la décision d’un organisme de sécurité sociale relative à la prise en charge d’un sinistre au titre de la législation sur les risques professionnels est exclusivement soumis aux règles de forclusion spécifiques d’ordre public du code de la sécurité sociale relatives au délai de recours ; que l’article 2224 du code civil n’est pas applicable à une telle contestation qui n’est pas relative à un droit personnel ou mobilier » de sorte « qu’en se fondant néanmoins sur l’article 2224 du code civil pour déclarer prescrite la demande d’inopposabilité de la décision de prise en charge de maladie professionnelle introduite par » l’employeur, la cour d’appel avait exposé sa décision à la censure.

Dans deux arrêts rendus le 29 mai 2020 au visa des articles 2224 du code civil, R. 142-18 et R. 441-14 du code de la sécurité sociale la Cour de Cassation a favorablement accueilli leur pourvoi.

Elle a dit «que si la décision de la caisse primaire qui reconnaît le caractère professionnel de l’accident, de la maladie ou de la rechute, fait grief à l’employeur qui est recevable à en contester l’opposabilité ou le bien-fondé dans les conditions fixées par les deux derniers de ces textes, le recours de l’employeur ne revêt pas le caractère d’une action au sens du premier. »

Elle a alors censuré une décision qui avait dit irrecevable :
– une action engagée le 27 février 2014 pour contester une décision de prise en charge intervenue le 3 février 2009,
– une action engagée le 5 mai 2015 pour contester une décision de prise en charge du 23 mai 2005.

Les recours contre les décisions de prises en charges intervenues dans le cadre de dossiers ouverts avant le 1er janvier 2010 sont donc toujours possibles.

(Cass. Civ. 2ème 9 mai 2019 sur le pourvoi 18-10.909 ; Cass. Civ. 2ème 29 mai 2019, sur le pourvoi 18-12087).

Action de l’employeur en contestation de l’opposabilité à son égard d’une prise en charge d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle lorsque l’instruction du dossier a commencé avant le 1er janvier 2010.by Olivia Sigal

Sous l’empire des dispositions du décret 99-323 du 27 avril 1999 (demeurées en vigueur jusqu’au 1er janvier 2010), l’article R.441-14 du code de la sécurité sociale prévoyait, que la décision prise par la caisse à propos d’une demande de prise en charge d’une maladie professionnelle ou d’un accident du travail était « notifiée à la victime ou à ses ayants droit sous pli recommandé avec demande d’avis de réception. En cas de refus, le double de la notification est envoyé pour information à l’employeur. »

Dans la mesure où la décision de la caisse n’était envoyée à l’employeur que pour information, l’envoi à l’employeur de la décision de la caisse ne faisait courir aucun délai, de sorte que cette décision ne pouvait acquérir un caractère définitif à l’égard de l’employeur (Cass. Civ. 2ème 25 avril 2013, sur le pourvoi 12-19830 ; Cass. Civ. 2ème 24 mai 2017, sur le pourvoi 16-18367).

Aussi, sous l’empire de ces dispositions, il était possible à ce dernier d’engager à tout moment une action tendant à voir constater l’inopposabilité à son égard de la décision prise par la caisse car un tel recours ne constituait « pas une réclamation contre une décision prise par un organisme de sécurité sociale au sens de l’article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. » (Cass. Civ. 2ème 20 décembre 2012, sur le pourvoi 11-26621, précisant que, de ce fait, l’employeur n’était pas tenu de saisir préalablement la commission de recours amiable de sa réclamation).

Compte tenu de l’incertitude que cet état du droit faisait planer, certaines caisses ont décidé de ne pas se contenter de porter leur décision à la connaissance de l’employeur pour information de procéder à de véritables notifications de leurs décisions en indiquant précisément les voies et délais de recours dont l’employeur disposait pour contester cette décision.

Elles se sont ensuite prévalues, pour invoquer le caractère tarif des recours des employeurs, des dispositions de l’article R.142-1 du code de la sécurité sociale qui prévoyait que « Les réclamations relevant de l’article L.142-1 formées contre les décisions prises par les organismes de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole de salariés ou de non-salariés sont soumises à une commission de recours amiable composée et constituée au sein du conseil d’administration de chaque organisme.
Cette commission doit être saisie dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision contre laquelle les intéressés entendent former une réclamation. La forclusion ne peut être opposée aux intéressés que si cette notification porte mention de ce délai. »

Des cours d’appel ont fait droit au moyen pris du caractère tardif du recours de l’employeur en faisant valoir que même si les textes ne prévoyaient qu’une communication de la décision à l’employeur « pour information », rien n’interdisait à la caisse de notifier sa décision pour lui conférer date certaine et pour faire courir les délais de recours.
La Cour de Cassation a censuré leurs décisions.

Ainsi, dans un premier arrêt rendu le 29 novembre 2018, au visa des articles R. 142-1 et R.441-14 du code de la sécurité sociale, le second dans sa rédaction antérieure au décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009, applicable au litige, elle a cassé l’arrêt d’une cour d’appel qui, pour déclarer irrecevable la demande tendant à l’inopposabilité de la prise en charge, avait retenu « que si le décret du 29 juillet 2009 ne s’appliquait pas à la cause, aucun texte n’interdisait à la caisse de notifier sa décision pour lui conférer date certaine et faire courir les délais de recours ; que la décision de prise en charge a été valablement notifiée à l’employeur qui a été informé sur les formes et délais de recours ; que l’employeur a soulevé l’inopposabilité à son égard de la décision de la caisse de reconnaître la maladie professionnelle dans le cadre de l’instance en faute inexcusable, soit bien au-delà du délai de deux mois imparti pour élever une contestation ; que la décision de la caisse est définitive à l’égard de l’employeur, faute de recours dans le délai. »

La Cour de Cassation a dit, «qu’en statuant ainsi, alors que l’information donnée à la société ne constituait pas une notification et ne faisait pas courir contre elle le délai du recours contentieux, la cour d’appel a violé les textes susvisés. » (Cass. Civ. 2ème 29 novembre 2018, sur le pourvoi 17-21275).

Elle a confirmé cette analyse dans un arrêt rendu le 28 mai 2020 concernant un salarié du Journal l’Est républicain qui avait demandé, le 23 janvier 2009, à la caisse primaire d’assurance maladie de Nancy la prise en charge d’une maladie à titre professionnel.

Dans la mesure où l’assuré ne remplissait pas les conditions pour obtenir une prise en charge au titre d’un tableau de maladie professionnelle, la caisse a soumis ce dossier à un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles laquelle a rendu un avis concluant à l’existence d’un lien direct entre la maladie invoquée et le travail effectué.

C’est dans ce contexte que, le 22 juillet 2009, la caisse a adressé à l’employeur une lettre dont l’objet était intitulé comme suit : « prise en charge d’une maladie professionnelle.»

Par ce courrier, l’organisme social l’informait de la demande de reconnaissance de maladie professionnelle de la victime, de la teneur de l’avis du comité.

Ce courrier se présentait comme une véritable notification puisqu’il rappelait à l’employeur les conditions de saisine de la commission de recours amiable, son adresse ainsi que les délais de recours dont bénéficie l’intéressée.

Pour la caisse, sa décision avait donc été « notifiée » à la société le 23 juillet 2009.

Aussi, lorsque l’employeur a, le 25 septembre 2009, saisi la commission de recours amiable pour contester l’opposabilité à son égard de la prise en charge de l’affection de la victime au titre de la législation professionnelle, celle-ci a rejeté son recours comme irrecevable car tardif au regard de la date de notification du courrier du 22 juillet reçu le 23 juillet 2009.

L’employeur a contesté ce rejet jusque devant la cour d’appel de Nancy qui, par arrêt rendu le 21 décembre 2018 a confirmé l’irrecevabilité retenue par la commission de recours amiable de la caisse primaire d’assurance maladie de Nancy.

La cour d’appel est parvenue à cette décision en se fondant sur les articles R. 142-1 et R. 441-14 du code de la sécurité sociale.

Elle a considéré que la société – qui disposait d’un délai expirant le 23 septembre 2009 pour saisir la commission de recours amiable de sa contestation afférente à l’opposabilité de la prise en charge de l’affection de la victime au titre de la législation professionnelle – n’ayant saisi la commission que le 25 septembre 2014, soit au-delà du délai légal non prescrit, devait être déclarée irrecevable en son recours.

L’employeur a formé un pourvoi à l’encontre de cette décision en faisant valoir qu’aux termes de l’article R. 441-14 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction antérieure au décret du 29 juillet 2009 applicable au litige, la décision de la caisse quant à la prise en charge à titre professionnel d’un accident ou d’une maladie est notifiée à la victime ou à ses ayants droits sous pli recommandé avec demande d’avis de réception, et qu’en cas de refus, le double de la notification est envoyé pour information à l’employeur.

L’employeur avait souligné que l’information adressée par la caisse à l’employeur concernant la prise en charge, quelle que soit sa forme, n’est pas susceptible de constituer une notification et ne fait pas courir contre elle le délai de recours de deux mois prévu par l’article R. 142-1 du code de la sécurité sociale.

Elle a invité la Cour de Cassation à dire qu’en déclarant irrecevable pour forclusion le recours exercé par la société exposante contre la décision de prise en charge de la caisse, la cour d’appel avait exposé sa décision à la censure.

Dans ce nouvel arrêt encore une fois rendu au visa des articles R. 142-1 et R. 441-14 du code de la sécurité sociale, le second dans sa rédaction antérieure au décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009, applicable au litige la Cour de Cassation a fait droit au recours de l’employeur et dit qu’ « en statuant ainsi, alors que l’information donnée à la société ne constituait pas une notification et ne faisait pas courir contre elle le délai du recours contentieux, la cour d’appel a violé les textes susvisés. » (Cass. Civ. 2ème 28 mai 2020, sur le pourvoi 19-12655).

En cette époque troublée, il faut rappeler que la sécurité c’est aussi l’affaire des salariés.by Olivia Sigal

C’est ce qui est rappelé à l’article L4122-1 du code du travail (ancien article L23-3) en ces termes :
« Conformément aux instructions qui lui sont données par l’employeur, dans les conditions prévues au règlement intérieur pour les entreprises tenues d’en élaborer un, il incombe à chaque travailleur de prendre soin, en fonction de sa formation et selon ses possibilités, de sa santé et de sa sécurité ainsi que de celles des autres personnes concernées par ses actes ou ses omissions au travail.
Les instructions de l’employeur précisent, en particulier lorsque la nature des risques le justifie, les conditions d’utilisation des équipements de travail, des moyens de protection, des substances et préparations dangereuses. Elles sont adaptées à la nature des tâches à accomplir.

Les dispositions du premier alinéa sont sans incidence sur le principe de la responsabilité de l’employeur. »
Une obligation de sécurité pèse ainsi sur tout salarié, qu’il soit ou non investi d’une quelconque responsabilité hiérarchique, même en l’absence de toute délégations de pouvoirs. Il suffit, pour que cette obligation existe, que les actes ou omissions puissent avoir une incidence quelconque sur la sécurité des tiers.

Un salarié qui fait courir des risques aux autres ou à lui-même encourt à ce titre toute la gamme des sanctions disciplinaires qui peuvent aller jusqu’au licenciement (Cass. Soc. 23 mars 2005, bull V N°99 pour sa propre sécurité, Cass. Soc. 6 juin 2007, sur le pourvoi 05-43039Cass. Soc. 30 septembre 2005, Bull V N°278, pour la sécurité des autres) en fonction de la gravité de la faute, indépendamment des conséquences qu’elle a pu avoir.

Il ne fait donc aucun doute que le refus persistant du salarié de respecter les consignes de sécurité – comme le port d’un masque ou le respect des règles de distance — peut constituer une faute grave, faute que l’employeur peut d’autant moins tolérer qu’il est soumis à une obligation de résultat en matière de sécurité.

Les dispositions des articles 640 et suivants du code de procédure civile n’ont pas vocation à s’appliquer au calcul du délai de l’article R414-14 du code de la sécurité sociale.by Olivia Sigal

Le 24 février 2014, un assuré de la caisse primaire d’assurance maladie des Bouches du Rhône avait été victime d’un accident dont l’organisme social avait reconnu la nature professionnelle.

Saisies par l’employeur, les juridictions du contentieux général de la sécurité sociale avaient contesté l’opposabilité à son égard de la décision de la caisse reconnaissant le caractère professionnel de cet accident.

Au soutien de son recours il avait invoqué une méconnaissance par la caisse des règles du contradictoire en matière d’instruction du dossier.

L’employeur avait rappelé que l’article R414-14 du code de la sécurité sociale (dans sa rédaction résultant du décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009) imposait à la caisse de lui communiquer «au moins dix jours francs avant de prendre sa décision, par tout moyen permettant d’en déterminer la date de réception, l’information sur les éléments recueillis et susceptibles de leur faire grief, ainsi que sur la possibilité de consulter le dossier mentionné à l’article R.441-13 » du même code.
Il avait fait valoir que la caisse l’avait informée de la possibilité de consulter le dossier de son salarié avant le 5 mai 2014 par un courrier expédié le 14 avril 2011 et reçu le 23 avril 2014.
L’employeur avait donc invité la cour d’appel à constater que le dixième jour franc tombait le samedi 3 mai 2014 de sorte que, conforment aux dispositions de l’article 642 du code de procédure civile, le délai de dix jours s’achevait le lundi 5 mai 2014, la décision de la caisse intervenue ce jour là était prématurée.
Cette argumentation a emporté la conviction de la cour de Versailles. Celle-ci avait retenu «que par application des articles 640 à 642 du code de procédure civile, la date de réception et celle de la prise de la décision ne doivent pas être prises en compte dans le calcul des délais, que le délai de dix jours francs expirant le samedi 3 mai à minuit devait être prolongé jusqu’au lundi 5 mai à minuit et que la décision ayant été prise le lundi 5 mai, l’employeur n’a bénéficié que d’un délai de neuf jours francs, de sorte que la caisse n’a pas satisfait aux prescriptions de l’article R. 441-14 du code de la sécurité sociale. »
La caisse avait formé un pourvoi à l’encontre de cette décision en soutenant que les dispositions des articles 640 et suivants du code de procédure civile, propres à la computation des délais légaux pour l’accomplissement d’un acte ou d’une formalité, n’ont pas vocation à s’appliquer au calcul du délai imparti à un employeur pour venir consulter le dossier de la caisse préalablement à la décision à intervenir sur la prise en charge d’un accident au titre de la législation professionnelle.

Le moyen de l’organisme social reprochait donc à la cour d’appel d’avoir retenu le contraire pour déclarer sa décision de prise en charge inopposable à l’employeur.

La Cour de Cassation a fait droit au pourvoi de la caisse.

Dans son arrêt rendu au visa des articles R.441-14, alinéa 3, du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction résultant du décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009, applicable au litige et 642 du code de procédure civile, la Cour de Cassation a dit que :
«Selon le premier de ces textes, dans les cas où elle a procédé à une instruction conformément au dernier alinéa de l’article R. 441-11, la caisse communique à la victime ou à ses ayants droit et à l’employeur au moins dix jours francs avant de prendre sa décision, par tout moyen permettant d’en déterminer la date de réception, l’information sur les éléments recueillis et susceptibles de faire grief ainsi que sur la possibilité de venir consulter le dossier. »

Elle a ensuite relevé que la décision des juges du fond avait constaté que la lettre d’information sur la clôture de l’instruction et sur la possibilité de consulter le dossier avant la décision de la caisse devant intervenir le lundi 5 mai 2014, a été reçue le 23 avril 2014 par la société et que, « pour dire inopposable à cette dernière la décision de la caisse de reconnaissance du caractère professionnel de l’accident de M. P…, l’arrêt retient que par application des articles 640 à 642 du code de procédure civile, la date de réception et celle de la prise de la décision ne doivent pas être prises en compte dans le calcul des délais, que le délai de dix jours francs expirant le samedi 3 mai à minuit devait être prolongé jusqu’au lundi 5 mai à minuit et que la décision ayant été prise le lundi 5 mai, l’employeur n’a bénéficié que d’un délai de neuf jours francs, de sorte que la caisse n’a pas satisfait aux prescriptions de l’article R. 441-14 du code de la sécurité sociale. »

La Cour de Cassation a alors dit « que les dispositions de l’article 642 du code de procédure civile ne sont pas applicables au délai minimum de dix jours francs devant s’écouler entre la réception, par la victime ou ses ayants droit et l’employeur, de la communication qui leur est faite par la caisse, en application de l’article R. 441-14, alinéa 3, du code de la sécurité sociale, de l’information sur les éléments recueillis et susceptibles de leur faire grief ainsi que sur la possibilité de consulter le dossier et la décision de la caisse sur le caractère professionnel d’un accident ou d’une maladie » de sorte qu’en retenant le contraire, la cour d’appel avait exposé sa décision à la censure.

Dans la foulée, la Cour de Cassation a aussi, dans l’intérêt d’une bonne administration de la justice décidé de ne pas renvoyer l’affaire devant les juges du fond et de statuer elle-même sur le fond du dossier.

Soulignant que « Plus de dix jours francs s’étant écoulés entre la réception, le 23 avril 2014, par la société, de la communication par la caisse de l’information sur les éléments recueillis et susceptibles de lui faire grief ainsi que sur la possibilité de consulter le dossier et la décision de la caisse sur le caractère professionnel de l’accident, intervenue le 5 mai 2014, » il y avait bien lieu de rejeter la demande de la société tendant à lui voir déclarer inopposable.

Aujourd’hui il est donc acquis que les dispositions des articles 640 et suivants du code de procédure civile, propres à la computation des délais légaux pour l’accomplissement d’un acte ou d’une formalité, n’ont pas vocation à s’appliquer au calcul du délai imparti à un employeur pour venir consulter le dossier de la caisse préalablement à la décision à intervenir sur la prise en charge d’un accident au titre de la législation professionnelle.

Cass. Civ. 2ème 13 février 2020, sur le pourvoi: 19-11253 (publié)

Article R441-14 du code de la sécurité sociale dans sa rédaction issue du décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009by Olivia Sigal

A la suite d’un accident survenu le 4 octobre 2011 aux temps et lieu de son travail à un salarié, la caisse dont il était l’assuré a procédé à la prise en charge des lésions constatées au titre de la législation professionnelle et notifié sa décision à l’intéressé et à son employeur le 7 novembre 2011.

Le 30 juillet 2015, cet employeur a saisi la commission de recours amiable de la caisse devant laquelle il a expliqué qu’il s’interrogeait sur le lien direct et certain avec l’accident du travail et les arrêts de travail prescrits à son salarié pendant près de 8 mois après cet accident.

Si la commission a rejeté son recours, le tribunal des affaires de sécurité sociale de Saint Etienne puis la cour d’appel de Lyon l’ont accueilli favorablement.

Aussi, la caisse a formé un pourvoi à l’encontre de l’arrêt rendu par cette cour d’appel le 27 novembre 2018.

L’organisme social a reproché à la cour de Lyon d’avoir dit recevable le recours de l’employeur portant sur l’inopposabilité à son égard de sa décision de prendre en charge de l’accident du travail litigieux.

Au soutien de son pourvoi, elle a présenté un moyen pris d’une violation des articles L. 411-1, L. 452-1 et R441-14 du code de la sécurité sociale, ce dernier dans sa rédaction issue du décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009.

Plus précisément encore, elle a rappelé que la décision de prise en charge :
– d’un accident du travail,
– d’une maladie professionnelle
– ou encore d’une rechute,
lorsqu’elle est motivée et notifiée dans les conditions prévues par l’article R441-14 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction issue du décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009, revêt un caractère définitif à l’égard de l’employeur, en l’absence de recours dans le délai imparti qui est de deux mois.

La caisse a ensuite rappelé que, dans l’instance en cause, elle avait régulièrement notifié à l’employeur sa décision de prendre en charge à titre professionnel l’accident du 4 octobre 2011 et ce par un courrier recommandé réceptionné par l’employeur le 9 novembre 2011. Or, ce n’était que le 30 juillet 2015 – donc bien au-delà du délai de deux mois imparti par les textes – que l’employeur avait saisi la commission de recours amiable de la caisse.

La cour d’appel n’avait pu nier cette réalité – à savoir l’absence de toute saisine par cet employeur de la commission de recours amiable dans le délai de deux mois suivant la notification de la décision de prise en charge.

Elle avait cependant considéré que « le fait pour l’employeur de soulever l’inopposabilité à son égard de la décision prise par la caisse ne tend pas à remettre en cause le caractère professionnel de l’accident et ne constitue donc pas une réclamation contre une décision prise par un organisme de sécurité sociale au sens de l’article R.142-1 du code de la sécurité sociale, soumise à la saisine préalable de la commission de recours amiable.»

Cette décision en ce qu’elle a dit l’employeur « recevable en sa contestation visant à voir déclarer inopposable la décision de la caisse quand bien même elle n’a pas saisi la commission de recours amiable préalablement sur ce point puisqu’elle n’y était pas tenue » a été censurée par la Cour de Cassation.

On commencera par expliquer que l’erreur commise par la cour d’appel s’explique par le fait que sous l’empire des dispositions du décret 99-323 du 27 avril 1999 (demeurées en vigueur jusqu’au 1er janvier 2010), l’article R.441-14 du code de la sécurité sociale prévoyait, que la décision prise par la caisse à propos d’une demande de prise en charge d’une maladie professionnelle ou d’un accident du travail était simplement « notifiée à la victime ou à ses ayants droit sous pli recommandé avec demande d’avis de réception. En cas de refus, le double de la notification est envoyé pour information à l’employeur. »

Dans la mesure où, sous l’empire de ces dispositions, la décision de la caisse n’était envoyée à l’employeur que pour information, cette décision, quel que soit son sens, ne pouvait acquérir un caractère définitif à l’égard de l’employeur (Cass. Civ. 2ème 25 avril 2013, sur le pourvoi 12-19830 ; Cass. Civ. 2ème 24 mai 2017, sur le pourvoi 16-18367).

La décision de la caisse n’étant pas notifiée à l’employeur, il était possible à ce dernier d’engager à tout moment une action tendant à voir constater l’inopposabilité à son égard de la décision prise par la caisse car un tel recours ne constituait « pas une réclamation contre une décision prise par un organisme de sécurité sociale au sens de l’article R. 142-1 du code de la sécurité sociale. » (Cass. Civ. 2ème 20 décembre 2012, sur le pourvoi 11-26621, précisant que, de ce fait, l’employeur n’était pas tenu de saisir préalablement la commission de recours amiable de sa réclamation).

Cet état du droit a été fondamentalement modifié à la suite de l’entrée en vigueur du décret n°2009-938 du 29 juillet 2009 relatif à la procédure d’instruction des déclarations d’accidents du travail et maladies professionnelles.

En effet, depuis le 1er janvier 2010, la décision de la caisse a cessé d’être adressée pour information à l’employeur : elle lui est notifiée.

A la suite de cette modification, le 4ème alinéa de l’article R.441-14 du code de la sécurité sociale a prévu que
« La décision motivée de la caisse est notifiée, avec mention des voies et délais de recours par tout moyen permettant de déterminer la date de réception, à la victime ou ses ayants droit, si le caractère professionnel de l’accident, de la maladie professionnelle ou de la rechute n’est pas reconnu, ou à l’employeur dans le cas contraire. Cette décision est également notifiée à la personne à laquelle la décision ne fait pas grief. »

Faisant application de ces dispositions qui sont entrées en vigueur le 1er janvier 2010 et jouent dans toutes les procédures d’instruction des accidents ou maladies engagées à compter de cette date par les caisses (Cass. Civ. 2ème 15 décembre 2016, sur le pourvoi 15-28647), la Cour de Cassation n’a cessé de rappeler que la caisse est fondée à opposer la forclusion à toute action de l’employeur tendant à remettre en cause sa décision une fois écoulé le délai qui lui était imparti pour ce faire.

En l’absence de recours dans le délai ainsi imparti, la décision de prise en charge de l’accident, de la maladie ou de la rechuté devient définitive à l’encontre de l’employeur (Cass. Civ. 2ème 4 mai 2017, sur le pourvoi: 16-16028 ; Cass. Civ. 2ème 12 mars 2015, sur le pourvoi: 13-28213, publié).

Il est donc aujourd’hui acquis que « la décision de prise en charge de l’accident du travail, de la maladie professionnelle ou de la rechute, motivée et notifiée dans les conditions prévues par l’article R. 441-14 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction issue du décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009, revêt à l’égard de l’employeur, en l’absence de recours dans le délai imparti, un caractère définitif. » (Cass. Civ. 1ème 26 mai 2016, sur le pourvoi: 15-17649, publié).

La seule hypothèse dans laquelle l’employeur peut reprendre le débat à propos de la nature professionnelle d’un accident ou d’une maladie professionnelle qui a fait l’objet d’une telle décision définitive de la caisse est celle dans laquelle l’employeur est amené à défendre à l’action en reconnaissance de la faute inexcusable, le caractère professionnel de l’accident ou de la maladie (Cass. Civ. 2ème 5 novembre 2015, sur le pourvoi: 13-28373, publié et Cass. Civ. 2ème 30 juin 2016, sur le pourvoi: 16-40210, publié retenant pour dire qu’il n’y avait pas lieu à renvoi au Conseil constitutionnel « que l’employeur demeure recevable, nonobstant le caractère définitif de la décision de prise en charge au titre de la législation professionnelle de l’accident, de la maladie ou de la rechute, à contester le caractère professionnel de ces événements lorsque sa faute inexcusable est recherchée par la victime ou ses ayants droit. »)

La Cour de Cassation l’a rappelé en censurant sans renvoi la décision d’une cour d’appel qui, comme dans l’arrêt ici commenté, avait retenu la recevabilité de la réclamation présentée par l’employeur contre une décision de prise en charge d’un accident au titre de la législation professionnelle alors même que cette décision n’avait pas été contestée devant la commission de recours amiable de la caisse dans les deux mois de sa notification (Cass. Civ. 2ème 21 juin 2018, sur le pourvoi 17-21464).
C’est une semblable décision qu’elle a rendue le 13 février 2020 (Cass. Civ. 2ème 13 février 2020, sur le pourvoi 19-11148).
Dans cet arrêt, rendu au visa des articles R. 142-1, alinéa 2, et R. 441-14, alinéa 4, du code de la sécurité sociale, ce dernier dans sa rédaction issue du décret n°2009-938 du 29 juillet 2009, applicable dans cette affaire, la Cour de Cassation a dit que :

« 5. Selon le premier de ces textes, la commission de recours amiable de l’organisme social doit être saisie dans le délai de deux mois à compter de la notification de la décision contre laquelle les intéressés entendent former une réclamation. Selon le second, la décision motivée de la caisse est notifiée, avec mention des voies et délais de recours, par tout moyen permettant de déterminer la date de réception, à la victime ou ses ayants droit, si le caractère professionnel de l’accident, de la maladie ou de la rechute n’est pas reconnu, ou à l’employeur dans le cas contraire. »

Constatant ensuite que « 6. Pour accueillir le recours, l’arrêt retient que le fait pour un employeur de solliciter l’inopposabilité à son égard de la décision prise par la caisse ne constitue pas une réclamation contre une décision prise par un organisme de sécurité sociale au sens de l’article R. 142-1 du code de la sécurité sociale, de sorte qu’il n’est pas tenu de saisir préalablement la commission de recours amiable de cette réclamation. »

Elle a conclu qu’ « 7. En statuant ainsi, alors qu’elle était saisie de la réclamation présentée par l’employeur contre la décision de prise en charge de l’accident litigieux au titre de la législation professionnelle et qu’il résultait de ses constatations que celle-ci lui ayant été régulièrement notifiée par la caisse, il n’avait pas saisi dans les deux mois la commission de recours amiable, de sorte que la forclusion était opposable, la cour d’appel a violé les textes susvisés. »

La décision de prise en charge :
– d’un accident du travail,
– d’une maladie professionnelle
– ou encore d’une rechute,
lorsqu’elle est motivée et notifiée par la caisse primaire d’assurance maladie font relève l’assuré, dans les conditions prévues par l’article R441-14 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction issue du décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009, revêt donc bien un caractère définitif à l’égard de l’employeur, en l’absence de recours dans le délai imparti qui est de deux mois

Délai ouvert pour engager une action en reconnaissance de l’inopposabilité de la décision de la caisse de prendre un accident en charge au titre de la législation sur les accidents du travailby Olivia Sigal

Le 8 mars 2011, la société X avait contesté devant la commission de recours amiable d’une caisse primaire d’assurance maladie, l’opposabilité à son égard de la décision de cette caisse de reconnaître la nature professionnelle d’un accident survenu à l’un de ses salariés le 22 février 2006.

A l’appui de cette contestation, l’employeur avait fait valoir que la caisse avait méconnu les règles du contradictoire à son égard à l’occasion de l’instruction de ce dossier.

La commission de recours amiable de l’organisme social ayant rejeté son recours lors de sa séance du 21 novembre 2011, l’employeur a saisi le tribunal des affaires de sécurité sociale compétent qui, par jugement rendu le 18 janvier 2018, a déclaré son recours irrecevable.

Par arrêt rendu le 26 octobre 2018, la cour d’appel d’Aix-en-Provence a déclaré recevable le recours de l’employeur mais l’a tout de même débouté de son recours.

L’employeur a formé un pourvoi à l’encontre de cette décision et notamment présenté un moyen critiquant la décision attaquée en ce qu’elle avait retenu, pour rejeter son recours, « que la date de prise de connaissance par l’employeur des majorations afférentes à son compte employeur en conséquence de l’accident du travail mortel de son salarié étant de son propre aveu le 1er octobre 2007, le délai de prescription de trois ans spécifique à l’article L. 243-6 du code de la sécurité sociale, a nécessairement couru à compter de cette date, de sorte qu’en saisissant la commission de recours amiable le 8 mai 2011, la société était prescrite en sa demande de ce chef. »

La Cour de Cassation y a fait droit dans un arrêt rendu au visa de l’article L. 243-6, alinéa 1er, du code de la sécurité sociale , dans sa rédaction issue de la loi n° 2010-1594 du 20 décembre 2010, applicable au litige.

Soulignant en premier lieu «que le délai de prescription prévu par ce texte ne s’applique qu’aux seules demandes de remboursement de cotisations de sécurité sociale ou d’allocations familiales indûment versées, » la deuxième chambre civile a dit qu’en faisant application des dispositions de ce texte pour rejeter la demande de l’employeur «alors que la demande de la société portait sur l’inopposabilité, son égard, de la demande de prise en charge de l’accident litigieux, la cour d’appel » avait exposé sa décision à la censure (Cass. Civ. 2ème 28 novembre 219, sur le pourvoi 18-24222).

Au vu de cet arrêt il faut noter que les deux actions ouvertes à l’employeur :
– action en reconnaissance de l’inopposabilité de la décision de la caisse de prendre un accident en charge au titre de la législation sur les accidents du travail,
– action en remboursement des cotisations supplémentaires versées à raison de cette décision,
doivent être engagées successivement et ce d’autant que, la Cour de Cassation l’a déjà dit, c’est la décision positive éventuellement obtenue au terme de la première procédure qui va, dans cette hypothèse, servir de point de départ au calcul du délai de prescription de l’action en restitution des cotisations en cause ne peut commencer à courir avant la naissance de l’obligation de remboursement découlant de cette décision (Cass. Civ. 2ème 7 juillet 2016, sur le pourvoi 15-21700).

Validité de la notification des décisions de prise en charge d’une maladie professionnelleby Olivia Sigal

De nombreux employeurs ont envisagé, pour conclure à l’inopposabilité à leur égard de décisions de la caisse de reconnaître la nature professionnelle de la maladie d’un de leurs salariés, de soulever un moyen pris du défaut de signature figurant sur le courrier qui leur avait été adressé pour procéder à la notification de prise en charge de cette maladie.

Les caisses ont bien évidemment conclu au rejet de ce moyen en faisant valoir qu’aucun texte ne subordonne la validité de ces décisions prises en matière de risque professionnel à leur signature par leurs auteurs.

Il ne s’agit pas ici de décisions qui relève de la gestion financière et comptable, décisions qui sont strictement encadrées par les dispositions de l’article D.253-6 du code de la sécurité sociale :
” Le directeur peut, conformément aux dispositions de l’article R. 122-3, déléguer, sous sa responsabilité, une partie de ses pouvoirs à certains agents de l’organisme.
Il peut déléguer, à titre permanent, sa signature au directeur adjoint de la caisse ou à un ou plusieurs agents de l’organisme.
Cette délégation doit préciser, pour chaque délégué, la nature des opérations qu’il peut effectuer et leur montant maximum s’il y a lieu.
L’agent comptable est dépositaire d’un exemplaire certifié des signatures du directeur et de ses délégués. ”

Il s’agit de décisions de nature administratives qui sont prises non pas par une personne nommément désignée qui aurait seule le pouvoir de se prononcer mais par ” la caisse ” ainsi visée par les articles R.441-10 à R.441-14 du code de la sécurité sociale.

Les textes prévoient donc que c’est ” la caisse ” qui instruit le dossier et notifie sa décision, sans identifier tel ou tel membre des agents de la caisse qui détiendrait seul le pouvoir et devrait nécessairement être signataire du courrier qui matérialise la décision de l’organisme social en matière de risques professionnels.

La Cour de Cassation a fait sienne cette analyse de sorte qu’aujourd’hui il est acquis qu’une décision de prise en charge d’une maladie professionnelle est valablement notifiée dès lors que le destinataire de l’acte est en mesure d’identifier l’organisme social qui est à l’origine de la décision.

En pratique, cette seule information suffit à assurer la validité de l’acte de notification.

L’ébauche de se principe a tout d’abord été posée dans un avis rendu le 22 mars 2004 (avis n°00-40002 à l’occasion d’une question relative à “la conséquence juridique de l’absence de mention, sur une mise en demeure adressée par une URSSAF, des prénom, nom et qualité du signataire du document au sens de l’article 4 de la loi du 12 avril 2000 ? ”

La Cour de Cassation y a répondu en disant être ” D’AVIS QUE l’omission des mentions prévues par l’article 4, alinéa 2, de la loi du 12 avril 2000 n’est pas de nature à justifier l’annulation par les juridictions statuant en matière de contentieux général de la sécurité sociale des mises en demeure délivrées par les URSSAF. ”

Plusieurs arrêts ont depuis été prononcés dans des litiges concernant la validité ou l’opposabilité de décisions prises par les organismes sociaux ayant fait l’objet de notifications ne portant pas de signature ou portant une signature non satisfaisante selon leurs destinataires.
A cette occasion, la Cour de Cassation a censuré la décision qui, pour déclarer inopposable à une société la décision de prise en charge d’un accident à titre professionnel, avait reproché à la caisse de ne pas avoir produit de délégation de pouvoir du directeur de l’organisme social au profit de l’agent qui avait signé la décision contestée et de s’être contentée ” de conclure à la validité de la décision de prise en charge au titre de la législation professionnelle de l’accident au seul motif que cette décision porte en entête la désignation de la caisse primaire d’assurance maladie des Ardennes. ”

La Cour de Cassation a dit “qu’en statuant ainsi, alors que le défaut de pouvoir d’un agent de l’organisme social, signataire d’une décision de reconnaissance du caractère professionnel d’un accident ou d’une maladie ne rend pas celle-ci inopposable à l’employeur, qui conserve la possibilité d’en contester tant le bien-fondé que les modalités de mise en œuvre au regard des obligations d’information et de motivation incombant à l’organisme social ” la cour d’appel avait exposé sa décision à la censure (Cass. Civ. 2ème 12 février 2015, sur le pourvoi 13-28085).

Elle a depuis confirmé cette analyse à plusieurs reprises (dans le même sens Cass. Civ. 2ème 7 mai 2015, sur le pourvoi 14-14999; Cass. Civ. 2ème 21 janvier 2016, sur le pourvoi 14-29781).

La Cour de Cassation a également censuré un autre arrêt qui pour dire inopposable à l’employeur de la décision de prise en charge d’un accident avait retenu “que le défaut de pouvoir de l’auteur de la décision de prendre en charge l’accident au titre de la législation sur les risques professionnels constitue une irrégularité de fond. ”

Elle a dit ici “qu’en statuant ainsi, alors que le défaut de pouvoir d’un agent de l’organisme social signataire d’une décision de reconnaissance du caractère professionnel d’un accident ou d’une maladie ne rend pas celle-ci inopposable à l’employeur, qui conserve la possibilité d’en contester tant le bien-fondé que les modalités de mise en œuvre au regard des obligations d’information et de motivation incombant à l’organisme social, la cour d’appel avait violé ” l’article R.441-14 du code de la sécurité sociale (Cass. Civ. 2ème 2 avril 2015, sur le pourvoi: 14-12465).

La validité de la notification de la décision de la caisse ne dépend donc pas de la validité ou même de la présence de la signature de son auteur.

Et il ne servirait à rien d’invoquer ici les dispositions de l’article 4, alinéa 2, de la loi n°2000-321 du 12 avril 2000 qui prévoit que toute décision prise par un organisme social doit en principe, conformément à, comporter outre la signature de son auteur, la mention en caractère lisibles du nom, prénom et de la qualité de celui-ci, l’omission de ces mentions n’affecte pas la validité de la décision dès lors que celle-ci précise la dénomination de l’organisme qui l’a émise (Cass. Civ. 2ème 2ème 12 février 2005, sur le pourvoi 14-11833).

La Cour de Cassation rejette les moyens qui lui sont présentés sur cette base au motif “que l’omission des mentions prévues par l’article 4, alinéa 2, de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 n’affecte pas la régularité de la mise en demeure prévue par l’article L. 244-2 du code de la sécurité sociale dès lors que celle-ci précise la dénomination de l’organisme qui l’a émise ” (Cass. Civ. 2ème 9 octobre 2014, sur les pourvois 13-25170, 13-25964 ; Cass. Civ. 2ème 28 mai 2014, sur le pourvoi 13-16918, publié).

On comprend donc que la validité de la notification ne dépend que d’une chose : il faut qu’elle permette l’identification de l’organisme social qui a pris la décision et qui la notifie.

Faute inexcusable et inopposabilité.by Olivia Sigal

L’inopposabilité à un employeur de la décision de prise en charge de la maladie professionnelle, quelle qu’en soit l’origine, ne fait pas obstacle à l’action récursoire de la caisse à l’encontre de cet employeur.

Les ayants droit d’un assuré décédé des suites d’une maladie professionnelle ayant engagé une action en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur, celui-ci avait invoqué l’inopposabilité à son égard de la décision de la caisse de reconnaître la nature professionnelle de ladite maladie et du décès de l’intéressé.

Plus précisément encore, l’employeur avait fait valoir que la décision de la caisse de prendre en charge la maladie et le décès de son ancien salarié lui étant inopposable il n’avait pas à supporter les conséquences d’une éventuelle décision de reconnaître l’existence d’une faute inexcusable de sa part.

Les juges du fond ayant rejeté les moyens qu’il avait développé au soutien de cette demande d’inopposabilité, l’employeur a formé un pourvoi.

Il a reproché à la cour d’appel d’avoir déclaré recevable l’action récursoire de la caisse à son égard et de l’avoir condamné cette dernière à rembourser à la caisse les sommes dont l’organisme social devait faire l’avance au titre, d’une part, de l’action successorale des ayants droit relative à la majoration de rente, à l’indemnisation des préjudices personnels de l’assuré et du préjudice personnel moral de sa veuve et d’autre part de l’indemnisation du préjudice moral personnel des ayants droit.

Une discussion s’était alors engagée sur l’application des dispositions de l’article L.452-3-1 du code de la sécurité sociale.

Il faut ici rappelé que l’article 86 de la loi n°2012-1404 du 17 décembre 2012 de financement de la sécurité sociale pour 2013 a modifié les règles relatives aux suites des décisions retenant l’inopposabilité aux employeurs des décisions des caisses de reconnaître la nature professionnelle d’un accident.

Jusqu’à l’entrée en vigueur de cette loi, lorsqu’une telle inopposabilité était retenue, l’organisme social devait supporter seul l’intégralité la totalité de la charge financière liée à sa décision.

De façon pratique cela signifiait non seulement que la caisse ne pouvait répercuter le coût de l’accident sur l’employeur mais encore qu’en cas de reconnaissance de la faute inexcusable de ce dernier, elle devait encore supporter seule la totalité des condamnations complémentaires prononcées par les juges.

Il n’en va plus de même depuis sa modification par l’article précité.

Aujourd’hui, l’article L.452-3-1 du code de la sécurité sociale permet aux caisses de faire supporter aux employeurs les conséquences financières de leur faute inexcusable et ce même lorsque la décision initiale de prise en charge leur est inopposable de sorte que l’accident du travail ou la maladie professionnelle n’affecte pas leur compte AT/MP employeur.

Ce texte prévoit en effet que :
” Quelles que soient les conditions d’information de l’employeur par la caisse au cours de la procédure d’admission du caractère professionnel de l’accident ou de la maladie, la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur par une décision de justice passée en force de chose jugée emporte l’obligation pour celui-ci de s’acquitter des sommes dont il est redevable à raison des articles L. 452-1 à L. 452-3. ”

Le même texte précise que ces dispositions sont applicables ” aux actions en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur introduites devant les tribunaux des affaires de sécurité sociale à compter du 1er janvier 2013. ”

Aussi, dans le cadre des instances engagées depuis cette date, l’employeur ne peut plus se prévaloir de l’inopposabilité à son égard de la décision de la caisse de reconnaître le caractère professionnel du sinistre pour échapper aux conséquences financières de sa faute inexcusable si l’inopposabilité qu’il invoque n’est pas le fruit d’une décision constatant l’absence de nature professionnelle de la maladie ou du décès.

L’employeur avait soutenu ici que ces dispositions ne pouvaient trouver application à l’espèce.

Au soutien de cette affirmation, l’employeur avait fait valoir, d’une part, que le refus initial de prise en charge qui avait été opposé par la caisse à l’action des ayants droit avait un caractère définitif à son égard de sorte que la caisse ne pouvait plus exercer son action récursoire.

L’employeur avait ajouté, d’autre part, que la cour d’appel aurait anormalement étendu le domaine dans lequel il y a lieu de faire application des dispositions de l’article L. 452-3-1 du code de la sécurité sociale.

Selon l’employeur, lorsque ce texte dispose que “quelles que soient les conditions d’information de l’employeur par la caisse au cours de la procédure d’admission du caractère professionnel de l’accident ou de la maladie, la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur par une décision de justice passée en force de chose jugée emporte l’obligation pour celui-ci de s’acquitter des sommes dont il est redevable à raison des articles L. 452-1 à L. 452-3 ” il a pour seul objet de limiter la portée de l’inopposabilité de la décision de prise en charge lorsque celle-ci résulte d’une méconnaissance par la caisse de ses obligations d’information contradictoires préalables à la prise en charge.

L’employeur avait ajouté qu’en droit ce texte n’avait ni pour objet, ni pour effet de remettre en cause l’autorité de la chose définitivement décidée des décisions de refus de prise en charge notifiées par la caisse à l’employeur.

La caisse avait défendu à ces moyens en affirmant notamment que l’employeur procédait à une lecture bien trop étroite des dispositions de l’article L.452-3-1 du code de la sécurité sociale.

Elle avait souligné qu’il suffisait de lire les dispositions précitées pour constater que, le législateur n’avait pas affirmé que la seule inopposabilité qui devrait être ignorée ici serait celle qui résulte d’une méconnaissance par la caisse des règles du contradictoire à l’occasion de l’instruction du dossier.

C’est par un motif de pur droit qu’elle a substitué à ceux retenus par les juges du fond que la Cour de Cassation a rejeté le pourvoi de l’employeur.

Elle a, dans un premier temps, dit “qu’ayant pour objet exclusif la prise en charge ou le refus de prise en charge au titre de la législation professionnelle, de l’accident, de la maladie ou de la rechute, la décision prise par la caisse dans les conditions prévues par l’article R. 441-14 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction issue du décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009, est sans incidence sur l’action en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur. ”

Relevant ensuite ” que la cour d’appel était saisie d’une demande de la caisse tendant à récupérer, sur le fondement de l’article L. 452-3 du code de la sécurité sociale, les préjudices alloués à la victime et à ses ayants droit en réparation de la faute inexcusable de la société ” la Cour de Cassation a dit “qu’il en résulte que l’inopposabilité à la société de la décision de prise en charge de la maladie professionnelle ne faisait pas obstacle à l’action récursoire de la caisse à l’encontre de la société. ”

(Cass. Civ. 2ème 24 mai 2017, sur le pourvoi 16-17644).

Contenu du dossier d’instruction accident du travail de la caisse.by Olivia Sigal

L’article R.441-14 du code de la sécurité sociale dans sa rédaction issue du décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009 prévoit que :
« Lorsqu’il y a nécessité d’examen ou d’enquête complémentaire, la caisse doit en informer la victime ou ses ayants droit et l’employeur avant l’expiration du délai prévu au premier alinéa de l’article R. 441-10 par lettre recommandée avec demande d’avis de réception. A l’expiration d’un nouveau délai qui ne peut excéder deux mois en matière d’accidents du travail ou trois mois en matière de maladies professionnelles à compter de la date de cette notification et en l’absence de décision de la caisse, le caractère professionnel de l’accident ou de la maladie est reconnu.
En cas de saisine du comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, mentionné au cinquième alinéa de l’article L. 461-1, le délai imparti à ce comité pour donner son avis s’impute sur les délais prévus à l’alinéa qui précède.
Dans les cas prévus au dernier alinéa de l’article R. 441-11, la caisse communique à la victime ou à ses ayants droit et à l’employeur au moins dix jours francs avant de prendre sa décision, par tout moyen permettant d’en déterminer la date de réception, l’information sur les éléments recueillis et susceptibles de leur faire grief, ainsi que sur la possibilité de consulter le dossier mentionné à l’article R. 441-13.
La décision motivée de la caisse est notifiée, avec mention des voies et délais de recours par tout moyen permettant de déterminer la date de réception, à la victime ou ses ayants droit, si le caractère professionnel de l’accident, de la maladie professionnelle ou de la rechute n’est pas reconnu, ou à l’employeur dans le cas contraire. Cette décision est également notifiée à la personne à laquelle la décision ne fait pas grief.
Le médecin traitant est informé de cette décision. »

Aussi, dans les cas où elle a procédé à une instruction conformément au dernier alinéa de l’article R. 441-11, la caisse doit communiquer à la victime ou à ses ayants droit et à l’employeur au moins dix jours francs avant de prendre sa décision, par tout moyen permettant d’en déterminer la date de réception, l’information sur les éléments recueillis et susceptibles de leur faire grief ainsi que la possibilité de venir consulter le dossier qui comprend, en application du premier, au titre des éléments médicaux relatifs à la victime, les divers certificats médicaux ainsi que l’avis du médecin-conseil.

La Cour de Cassation a précisé qu’aucun argument ne pouvait être tiré de l’absence au dossier de certains éléments médicaux.

Dans cette affaire, le salarié avait déclaré, le 5 juin 2012, un cancer broncho-pulmonaire pris en charge par la caisse primaire d’assurance maladie au titre du tableau n° 30 bis des maladies professionnelles et les dépenses afférentes à cette maladie imputées sur le compte son employeur qui avait, pour ne pas avoir à supporter les conséquences financières de la décision de la caisse, engagé une action afin de voir constater l’inopposabilité à son égard de la décision de prise en charge.

Pour accueillir cette demande, les juges du fond avait relevé que deux pièces du dossier, communiquées par la caisse à l’employeur le 10 décembre 2012, date de la décision de prise en charge, et reçues par celui-ci le 13 décembre 2012, étaient postérieures à la lettre du 20 novembre 2012 informant l’employeur de la clôture de l’instruction.

Ces deux pièces du dossier étaient :
– d’une part, la fiche de liaison médico-administrative du 22 novembre 2012
– et d’autre part les conclusions motivées d’IPP du 22 novembre 2012.

C’est donc parce que la caisse n’établissait que la caisse n’établit pas que ces deux pièces, lesquelles faisaient grief à l’employeur, avaient effectivement été mises à la disposition de l’employeur pour consultation pendant le délai de dix jours francs à compter de la lettre informant de la clôture de l’instruction que la cour d’appel avait dit la décision de la caisse inopposable à l’employeur.

La Cour de Cassation a censuré cette décision et dit «Qu’en statuant ainsi, alors que les documents litigieux portaient sur la fixation du taux d’incapacité permanente partielle susceptible d’être reconnu à la victime, de sorte qu’ils n’avaient pas à figurer dans le dossier sur la base duquel se prononce la caisse pour la reconnaissance du caractère professionnel d’une maladie ou d’un accident » la cour d’appel avait exposé sa décision à la censure.
Il s’ensuit qu’il est possible de soutenir que seuls les documents qui concernent la nature de l’accident (par opposition aux documents qui ont trait à l’évaluation des conséquences de l’accident) doivent figurer dans le dossier que la caisse doit présenter à l’employeur pour assurer un débat contradictoire préalablement à sa décision et ce sous peine d’inopposabilité de sa décision audit employeur.

(Cass. Civ. 2ème 21 septembre 2017, sur le pourvoi: 16-26842, publié)

ENIM – Régime de la marine : Accident du travail et Faute inexcusable d’un travailleur clandestinby Olivia Sigal

La Cour de Cassation a eu l’occasion de connaître d’une affaire qui concernait une action en reconnaissance de faute inexcusable engagée par les ayants droit de William X…, décédé en novembre 2010 lors du naufrage d’un navire de pêche à bord duquel il était clandestinement employé comme marin.

Dans le cadre de son pourvoi formé à l’encontre de la décision accueillant favorablement les demandes des ayants droit, l’ENIM (c’est l’Établissement national des invalides de la marine)
avait tout d’abord souligné le caractère clandestin de l’activité exercée par la victime.

La Cour de Cassation a balayé ce moyen en commençant par affirmer « que le régime des marins français victimes d’accidents maritimes prévu par l’article 1er du décret-loi modifié du 17 juin 1938 relatif à la réorganisation et à l’unification du régime d’assurance des marins s’étend aux intéressés peu important la régularité de leur embarquement. »

Elle a ensuite ajouté qu’il résulte « des articles L. 412-8 8° et L. 413-12 2° du code de la sécurité sociale, tels qu’interprétés par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2011-127 QPC du 6 mai 2011, ainsi que de l’article 20 du décret-loi susvisé que le marin victime d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle au cours de l’exécution du contrat d’engagement maritime ou ses ayants droit peuvent, en cas de faute inexcusable de l’employeur, demander, devant la juridiction de sécurité sociale, le bénéfice du livre IV du code de la sécurité sociale ainsi que l’indemnisation des préjudices complémentaires non expressément couverts par les dispositions de ce livre. »Il est donc acquis que même un travailleur qui a été clandestinement employé est protégé au même titre qu’un travailleur régulier pour ce qui concerne l’action en reconnaissance de la faute inexcusable de son employeur.

Elle a ensuite décidé que dès lors que l’arrêt avait constaté que, lors de l’accident, le marin victime se trouvait placé sous la direction et le contrôle du capitaine que l’armateur s’était substitué la cour d’appel n’avait pas exposé sa décision aux critiques présentées par l’ENIM.

Enfin, elle a rappelé qu’il faut, pour qu’il existe une faute inexcusable de la victime susceptible de réduire la majoration de la rente allouée à ses ayants droit, caractériser une faute intentionnelle de la victime.

Dans cette affaire, la cour d’appel avait considéré que cette faute était bien caractérisée puisque l’intéressé savait qu’il ne disposait pas du certificat de travail d’initiation nautique et que l’administration des affaires maritimes avait refusé de l’en dispenser après l’avoir invité une fois de plus à suivre une formation à cette fin, de sorte qu’il savait être embarqué dans une situation irrégulière.

La Cour de Cassation a dit qu’en statuant ainsi, la cour d’appel n’avait pas caractérisé une faute volontaire de la victime d’une exceptionnelle gravité exposant sans raison valable son auteur à un danger dont il aurait dû avoir conscience » rappelant ainsi ce qu’est cette faute exonératoire pour l’employeur.

(Cass. Civ. 2ème 15 juin 2017, sur le pourvoi: 15-24510, publié)

L’arrêté du 17 décembre 1954 est le texte qu’il convient d’appliquer pour déterminer la valeur de rachat et de conversion de certaines rentes d’accidents du travail.by Olivia Sigal

Un assuré victime d’un accident du travail avait, à la date de consolidation des suites de cet accident, bénéficié de l’attribution d’une rente payable trimestriellement calculée sur la base d’un taux d’incapacité permanente partielle de 10%.

L’assuré avait demandé à la caisse de procéder au rachat de cette rente et contesté devant la commission de recours amiable puis devant le tribunal des affaires de sécurité sociale le montant du capital calculé par la caisse.

Le tribunal avait favorablement accueilli le recours de l’intéressé et fait injonction à la Caisse de procéder au calcul de la valeur de rachat du quart de la rente attribuée à partir du 11 mai 2012 sur la base du barème issu de l’arrêté du 27 décembre 2011 et de payer cette somme déduction à faire de la prestation déjà acquittée.

La caisse a formé un pourvoi à l’encontre de ce jugement et ainsi donné à la Cour de Cassation une opportunité de se prononcer à ce propos.

Pour une parfaite compréhension de la discussion, il faut rappeler qu’en 1954, les modalités de conversion des rentes accident du travail en capital ont fait l’objet de deux textes règlementaires.

Le premier, du 3 décembre 1954 concernait les « accidents du travail imputables à un tiers » c’est-à-dire à toute personne autre que l’employeur ou ses préposés.

Le second, du 17 décembre 1954 « fixant le tarif à utiliser pour déterminer la valeur de rachat et de conversion de certaines rentes d’accidents du travail» était relatif aux accidents du travail sans intervention d’un tiers.

Initialement les barèmes de ces deux derniers arrêtés, ceux du 3 décembre 1954 et celui du 17 décembre 1954, libellés en francs étaient identiques.

Par la suite l’arrêté du 3 décembre 1954 a été actualisé et remplacé par les arrêtés successifs du 27 décembre 2011 et du 29 janvier 2013 (basés sur les tables de mortalité INSEE 2000-2002), visant la conversion des rentes dans le cadre des articles R 376-1 et R454-1 du Code de la sécurité sociale, soit l’évaluation forfaitaire des rentes dans le cadre des remboursements des rentes par les tiers responsables et leurs assureurs.

Tel n’a pas été le cas du barème qui avait été annexé à l’arrêté du 17 décembre 1954, c’est-à-dire, on vient de le voir, celui « fixant le tarif à utiliser pour déterminer la valeur de rachat et de conversion de certaines rentes d’accidents du travail» et pris pour l’application des articles L 434-3 et R 434-5 du code de la sécurité sociale n’a jamais été actualisé.

C’est l’application de ce dernier qui était au cœur des débats.

Les juges du fond avaient en effet décidé d’en écarter l’application au motif que les articles 60, 65, 67 et 68 de la loi du 30 octobre 1946 n’étant plus en vigueur, l’arrêté pris pour leur application n’est également plus en vigueur.

Dans son arrêt rendu au visa des articles L. 434-3 et R. 434-5 du code de la sécurité sociale et de cet arrêté du 17 décembre 1954 fixant le tarif à utiliser pour déterminer la valeur de rachat et de conversion de certaines rentes d’accidents du travail, la Cour de Cassation a dit que l’arrêté précité avait été «pris pour l’application des deux premiers de ces textes issus de la codification de la loi n° 46-2426 du 30 octobre 1946 » afin de fixer « le tarif servant à la détermination du capital représentatif des rentes d’accidents du travail pour la conversion pour partie des rentes attribuées à la victime d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle ou à ses ayants droit » de sorte qu’en statuant comme il l’avait fait, le tribunal avait violé par refus d’application les textes susvisés.

Au vu de cette décision on comprend que c’est toujours sur le fondement de l’arrêté du 17 décembre 1954 que doivent être réalisés les calculs en cette matière.

(Cass. Civ. 2ème 4 mai 2017, sur le pourvoi 16-16412, à publier).

Les dépenses exposées par un assuré afin d’obtenir la désignation d’un mandataire ad hoc pour représenter un ancien employeur liquidé judiciairement doivent être supportées par la caisseby Olivia Sigal

Un assuré victime d’une maladie professionnelle régulièrement pris en charge par la caisse primaire d’assurance maladie dont il était l’assuré ayant de faire reconnaître la faute inexcusable de son employeur, une société radiée du registre du commerce et des Sociétés, avait obtenu du tribunal de commerce la désignation d’un mandataire ad hoc qui avait reçu pour mission de représenter la société à l’instance.

Convoquée à l’audience du tribunal des affaires de sécurité sociale, le mandataire ad hoc ainsi désigné s’était borné à s’en rapporter à justice par lettre et, la caisse, comme il est coutume dans ses affaires, s’en était remise à la sagesse du tribunal sur la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur et sur la majoration de la rente en capital.

Les juges du fond avaient partiellement fait droit aux demandes de l’assuré et dit que la maladie professionnelle dont il était atteint résultait bien de la faute inexcusable de la société radiée, dit l’assuré fondé à obtenir, dans les termes de l’article L 452¬2 du code de la sécurité sociale, la majoration du capital qu’il percevait et ce quel que soit le taux d’incapacité permanente partielle dont la rente suivra l’évolution. Le tribunal a encore procédé à l’évaluation de ses préjudices indemnisables et renvoyé l’assuré devant la Caisse pour la liquidation de ses droits, la caisse étant tenue de faire l’avance des sommes qui lui était allouées.

Cette décision a été confirmée par la cour d’Aix-en-Provence sur le fond du litige.

Toutefois, statuant à nouveau, la cour d’appel a condamné caisse à rembourser à l’assuré les sommes de 19,78 euros et de 480 euros au titre des frais du mandataire ad hoc de son employeur.

La caisse a formé un pourvoi à l’encontre de cette partie de la décision.

Au soutien de son pourvoi, la caisse a rappelé que l’un des principes qui prédomine en droit de la sécurité sociale est celui de la gratuité de la procédure.

Et, effectivement l’article L.144-5 du code de la sécurité sociale prévoit que
« A l’exclusion des rémunérations des présidents des juridictions et de celles de leurs secrétaires ainsi que de celles du secrétaire général et des secrétaires généraux adjoints de la Cour nationale de l’incapacité et de la tarification de l’assurance des accidents du travail, les dépenses de toute nature résultant de l’application des chapitres II et III du présent titre sont :
1°) ou bien réglées directement par la caisse nationale compétente du régime général ou par la Caisse centrale de la mutualité sociale agricole ;
2°) ou bien avancées par la caisse primaire d’assurance maladie ou la caisse départementale ou pluri-départementale de mutualité sociale agricole du siège de la juridiction et remboursées par la caisse nationale compétente du régime général ou par la Caisse centrale de la mutualité sociale agricole ;
3°) ou bien remboursées par la caisse nationale compétente du régime général au budget de l’Etat.
Les modalités suivant lesquelles les dépenses précitées sont avancées, réglées et remboursées par les organismes mentionnés aux 1°, 2° et 3° sont fixées par arrêtés interministériels.
Des arrêtés interministériels déterminent les conditions dans lesquelles les dépenses acquittées par la caisse nationale compétente, en application du présent article, sont réparties entre les organismes du régime général de sécurité sociale, du régime de la mutualité sociale agricole, des régimes spéciaux, les organismes de sécurité sociale mentionnés au livre VI du présent code, le fonds spécial d’invalidité mentionné par l’article L. 815-3-1 et le fonds de solidarité vieillesse institué par l’article L. 135-1. »

L’article R144-10 de ce même code ajoute :
« La procédure est gratuite et sans frais.
L’appelant qui succombe est condamné au paiement d’un droit qui ne peut excéder le dixième du montant mensuel du plafond prévu à l’article L. 241-3 ; il peut toutefois être dispensé du paiement de ce droit par une mention expresse figurant dans la décision.
Sans préjudice des dispositions de l’article L. 442-8, les honoraires et frais, notamment d’examens complémentaires éventuels, liés à la nouvelle expertise ordonnée par le tribunal en application de l’article L. 141-2 sont mis à la charge de la partie qui succombe, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.
En outre, dans le cas de recours jugé dilatoire ou abusif, le demandeur qui succombe, soit en première instance, soit en appel, est condamné au paiement d’une amende au taux prévu à l’article 559 du code de procédure civile et, le cas échéant, au règlement des frais de la procédure, et notamment des frais résultant des enquêtes, consultations et expertises ordonnées en application des articles R. 142-22, R. 142-24, R. 143-13 et R. 143-27. Les frais provoqués par la faute d’une partie peuvent être dans tous les cas mis à sa charge.
Toutefois, à l’occasion des litiges qui portent sur le recouvrement de cotisations ou de majorations de retard et lorsque la procédure est jugée dilatoire ou abusive, l’amende est fixée à 6 % des sommes dues, en vertu du jugement rendu, avec minimum de 150 euros par instance.
Les dispositions de l’alinéa précédent sont applicables aux procédures mentionnées aux articles R. 133-3, R. 243-6 à R. 243-22, R. 243-24, R. 243-25 et R. 244-2.
Le produit des droits et amendes prévus aux alinéas précédents est liquidé par la juridiction saisie et recouvré comme les amendes pénales prononcées par les tribunaux répressifs, sur extrait délivré par le secrétariat ou le greffe de la juridiction intéressée. »

Enfin, le texte suivant précise que
« Les dépenses mentionnées à l’article L. 144-5 sont notamment :
1°) les frais et indemnités d’assesseurs, de témoins et d’expertises qui n’ont pas été mis expressément à la charge d’une partie ou d’un organisme par une disposition particulière ;
2°) les émoluments des greffiers des cours d’appel afférents aux recours formés contre les décisions des tribunaux des affaires de sécurité sociale ;
3°) (Abrogé)
4°) les frais de fonctionnement des tribunaux des affaires de sécurité sociale et des juridictions du contentieux technique de la sécurité sociale.
Les arrêtés mentionnés au deuxième alinéa de l’article L. 144-5 sont pris par le ministre chargé de la sécurité sociale, le ministre chargé de l’agriculture et, le cas échéant, le garde des sceaux, ministre de la justice.
Les arrêtés mentionnés au troisième alinéa du même article L. 144-5 sont pris par le ministre chargé de la sécurité sociale et les autres ministres intéressés. »

A l’occasion de la mise en œuvre de ces dispositions, la Cour de Cassation a déjà dit qu’il résulte de ces textes « que les dépenses de toute nature du contentieux général de la sécurité sociale, et notamment les frais d’expertise autre que celle prévue à l’article L.141 1 du même code, sont ou bien réglées directement par la caisse nationale compétente du régime général, ou bien avancées par la caisse primaire d’assurance maladie et remboursées par la caisse nationale compétente du régime général ou bien remboursées par la caisse nationale compétente du régime général au budget de l’Etat ; que la procédure est gratuite et sans frais sauf en cas de recours jugé dilatoire ou abusif ou de frais provoqués par la faute d’une partie. » (Cass. Civ. 2ème 9 juillet 2009, sur le pourvoi 08-10286, censurant la décision qui avait condamné l’employeur à consigner au greffe une provision à valoir sur la rémunération de l’expert désigné pour l’évaluation des chefs de préjudice d’un assuré).

Néanmoins, alors même que le texte ne vise que les dépenses de toute nature du contentieux général de la sécurité sociale, c’est en arguant de ce principe de la gratuité de la procédure qu’en l’espèce, l’assuré avait demandé et obtenu que la caisse soit condamnée à lui rembourser les frais qu’il avait engagés pour les honoraires et la désignation du mandataire ad hoc de la son ancien employeur.

Alors que le tribunal avait rejeté cette demande, la cour d’appel a cru devoir infirmer leur décision sur ce point.
Pour ce faire, elle avait retenu que
«Sur les frais afférents à la désignation d’un mandataire ad hoc:
L’article L. 144-5 du code de la sécurité sociale pose le principe selon lequel les dépenses de toute nature résultant de l’application des chapitres II et III du présent titre sont réglées ou avancées par les Caisses d’Assurance Maladie. Cet article s’insère dans le titre IV du livre premier du code de la sécurité sociale. Le titre IV est consacré aux expertises médicales, au contentieux et aux pénalités. Les chapitres II et III traitent du contentieux général et du contentieux technique de la sécurité sociale. L’article R. 144-10 du code de la sécurité sociale dispose que la procédure est gratuite et sans frais.
Le procès en faute inexcusable est dirigé contre l’employeur qui doit être appelé à l’instance. Aussi, les dépenses de contentieux de toute nature englobent les frais qui ont été rendus nécessaires pour que la société employeur dont la liquidation a été clôturée puisse être représentée devant les juridictions de sécurité sociale par un mandataire ad hoc.
Le recours formé par l’assuré n’est ni abusif ni dilatoire.
Dans ces conditions, la Caisse Primaire d’Assurance Maladie doit prendre à sa charge les frais engagés pour voir désigner un mandataire ad hoc à l’employeur, la S.A. Constructions et Installations Electriques du Littoral. »

La caisse avait soutenu, au soutient de son pourvoi que le remboursement des frais et honoraires exposés au tribunal de commerce pour la désignation du mandataire ad hoc chargé de représenter l’employeur liquidé judiciairement n’entrait bien évidemment pas pas dans le périmètre des obligations pécuniaires mises à la charge des organismes sociaux par les dispositions d’ordre public du code de la sécurité sociale.
Elle avait insisté sur le fait que ce périmètre était défini par l’article L.452-3 al. 3 du code de la sécurité sociale qui met à la charge des caisses l’avance des sommes réparant les préjudices des salariés victimes de fautes inexcusables et qui les investit d’une action récursoire légale de ce chef contre l’employeur.

La Cour de Cassation a rejeté son pourvoi dans un arrêt qui doit être publié.
Pour ce faire elle a retenu « qu’en application de l’article L. 144-5 du code de la sécurité sociale, selon lequel la procédure devant les juridictions de sécurité sociale est gratuite et sans frais, les dépenses liées à la désignation d’un mandataire ad hoc pour représenter la société liquidée judiciairement doivent rester à la charge de la caisse. »

(Cass. Civ. 2ème 24 mai 2017, sur le pourvoi 16-16038, à publier).

L’accident lors de la visite à la médecine du travail est un accident du travailby Olivia Sigal

L’article L.411-1 du code de la sécurité sociale prévoit que :

« Est considéré comme accident du travail, quelle qu’en soit la cause, l’accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail à toute personne salariée ou travaillant, à quelque titre ou en quelque lieu que ce soit, pour un ou plusieurs employeurs ou chefs d’entreprise. »

La Cour de Cassation rappelle périodiquement « qu’au sens de ce texte, le salarié est au temps et au lieu de son travail tant qu’il est soumis à l’autorité et à la surveillance de son employeur. »

Elle vient de le rappeler une nouvelle fois à propos d’un accident mortel dont avait été victime un salarié alors qu’il se trouvait dans la salle d’attente du médecin du travail dans le cadre d’une visite périodique.

Après avoir régulièrement déclaré cet accident à la caisse primaire d’assurance maladie de Haute-Garonne dont le salarié était l’assuré, l’employeur a saisi une juridiction de sécurité sociale aux fins d’inopposabilité de la décision de prise en charge de l’organisme social.

Pour faire droit au recours de l’employeur, les juges du fond ont retenu que le malaise dont a été victime l’assuré s’était produit hors de ses jours de travail à un moment où il ne travaillait donc pas au sein de l’entreprise et que les horaires de travail mentionnés sur la déclaration d’accident du travail, 10 heures à 11 heures, ne correspondaient qu’au temps passé dans le service de la médecine du travail pour une visite périodique.

Pour la cour d’appel il en résultait « que l’accident s’était produit en dehors du lieu de travail dans la salle d’attente du service de la médecine du travail ; que le malaise déclaré est survenu en dehors de tout fait accidentel soudain, la victime n’effectuant aucune activité physique, aucun effort particulier, il attendait dans la salle d’attente de la médecine du travail ; que la preuve de la matérialité de l’événement précis et soudain survenu par le fait ou à l’occasion du travail n’est donc pas rapportée. »

La Cour de Cassation a censuré la décision des juges du fond accueillant favorablement les moyens développés à ce propos par l’employeur et jugeant la décision de la caisse inopposable à son égard.

Pour ce faire, elle a dit «qu’en statuant ainsi, alors qu’il résultait de ses constatations que le salarié avait été victime d’un malaise quand il se trouvait dans les locaux des services de la médecine du travail en l’attente d’un examen périodique inhérent à l’exécution de son contrat de travail, de sorte qu’il devait bénéficier de la présomption d’imputabilité, la cour d’appel d’appel a violé » l’article L.411-1 du code de la sécurité sociale.

La question est donc réglée, l’accident dont le salarié est victime alors qu’il se trouve dans les locaux de la médecine du travail, activité menée à bien à raison de l’existence même de son contrat de travail, est bien un accident du travail .

(Cass. Civ. 2ème 6 juillet 2017, sur le pourvoi 16-20119, publié)

 

Le respect du contradictoire vis-à-vis du dernier employeur de la victime d’une maladie professionnelle.by Olivia Sigal

On sait que « le ou les précédents employeurs de la victime d’une affection prise en charge au titre de la législation professionnelle peuvent se prévaloir, aux fins d’inopposabilité de la décision de la caisse, des manquements de celle-ci dans l’instruction du dossier à l’égard du dernier employeur de la victime » (Cass. Civ. 2ème 19 décembre 2013, sur le pourvoi 12-25661, Bull II N°244).

C’est en invoquant ce principe qu’un ancien employeur de l’assuré chez qui l’intéressé avait été exposé au risque (l’inhalation de poussière d’amiante) s’était prétendu fondé à se prévaloir de la méconnaissance par la caisse des droits du dernier employeur de cet assuré et avait invité les juges du fond à en déduire l’inopposabilité à son égard de la décision de prise en charge contestée.

Dans cette affaire, le dernier employeur de l’assuré avait une activité telle (le conditionnement des carottes en colis) qu’il n’y était pas exposé à l’inhalation de poussières d’amiante.

La caisse avait, de ce fait, préféré instruire le dossier au contradictoire non pas de ce dernier employeur mais du dernier employeur chez qui l’intéressé avait été exposé au risque et ce pendant plus de dix ans, qui est une durée d’exposition suffisante pour être prise en compte au titre du tableau n°30 bis des maladies professionnelles

Une telle instruction semblait raisonnable dès lors que « la maladie doit être considérée comme contractée au service du dernier employeur chez lequel la victime a été exposée au risque, avant sa constatation médicale, sauf à cet employeur  à rapporter la preuve que la victime a également été exposée au risque chez d’autres employeurs » (Cass. Civ. 2ème 7 mai 2014, sur le pourvoi 13-14018 ; Cass. Civ. 2ème 9 octobre 2014, sur le pourvoi 13-23345).

Les premiers juges puis la cour d’appel en avaient convenu et considéré que, dans la mesure où la caisse avait instruit le dossier au contradictoire du dernier employeur chez qui le salarié avait été exposé au risque, la décision de prise en charge de la caisse lui était bien opposable.

Cet employeur a alors formé un pourvoi au soutient duquel il a fait notamment valoir que la cour d’appel aurait exposé sa décision à la censure et violé les articles R 441-11 et R 441-14 du code de la sécurité sociale en déclarant opposable à son égard la décision de la caisse de reconnaître la nature professionnelle de la maladie alors même qu’elle constatait que l’instruction de ce dossier n’avait pas été mené au respect des droits du dernier employeur.

Une discussion sur ce point aurait été envisageable sous l’empire des dispositions anciennes des articles 441-11 et suivants du code de la sécurité sociale, c’est-à-dire dans leur rédaction antérieure à celle issue du décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009 visaient exclusivement «la personne physique ou morale qui a la qualité d’employeur ou de dernier employeur de la victime. » (Cass. Civ. 2ème 6 novembre 2014, sur le pourvoi 13-20510 à publier).

Cependant, les faits en cause s’étaient déroulés sous l’empire des dispositions nouvelles, c’est-à-dire de celles de l’article R441-11 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction issue du décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009.

Or si l’obligation posée à ce texte « ne concerne que la victime, ses ayants droit et la personne physique ou morale qui a la qualité d’employeur actuel ou de dernier employeur de la victime. » (Cass. Civ. 2ème 6 novembre 2014, sur le pourvoi 13-20510), il n’en reste pas moins que le nouveau texte impose à la caisse, à réception de la déclaration de maladie professionnelle, d’en envoyer un double non pas au dernier employeur mais bien « à l’employeur à qui la décision est susceptible de faire grief par tout moyen permettant de déterminer sa date de réception. »

La Cour de Cassation rappelle que cette information s’impose pour permettre à ce dernier de défendre ses intérêts dès lors que, cela a déjà été rappelé, « la maladie doit être considérée comme contractée au service du dernier employeur chez lequel la victime a été exposée au risque, avant sa constatation médicale, sauf à cet employeur  à rapporter la preuve que la victime a également été exposée au risque chez d’autres employeurs » (Cass. Civ. 2ème 7 mai 2014, Cass. Civ. 2ème 9 octobre 2014, précité)

Dans un tel contexte, même si, « à l’issue de l’instruction, la caisse primaire n’est tenue de l’obligation d’information qu’à l’égard de la personne physique ou morale qui a la qualité d’employeur ou de dernier employeur de la victime » (Cass. Civ. 2ème 9 juillet 2015, sur le pourvoi 14-18427), il aurait été absurde de sanctionner un organisme social pour avoir instruit le dossier de prise en charge de la maladie professionnelle litigieuse non pas au contradictoire du dernier employeur de l’assuré mais au contradictoire du dernier employeur chez lequel l’intéressé a été exposé au risque.

En agissant ainsi en effet, la caisse a ni plus ni moins que favorisé l’employeur chez qui l’assuré avait été exposé au risque. Ce dernier a bien été privilégié puisque la Caisse a instruit la décision contradictoirement à son égard alors même qu’elle n’en avait pas l’obligation.

Il semblait difficilement envisageable de lui permettre de revendiquer la méconnaissance des droits d’un autre employeur totalement étranger à l’exposition au risque qui n’aurait bien évidemment pas porté le même intérêt que lui à ce dossier.

La Cour de Cassation l’a bien compris et elle a rejeté le pourvoi en retenant :

«que l’employeur qui a reçu une information complète sur la procédure d’instruction, n’est pas recevable à se prévaloir, aux fins d’inopposabilité à son égard de la décision de la caisse, des manquements de celle-ci dans l’instruction du dossier à l’égard du dernier employeur de la victime. »

Constatant ensuite « que la société devait être tenue comme le dernier employeur ayant exposé le salarié au risque, l’arrêt retient que la caisse justifie avoir informé celle-ci le 20 mai 2011 de ce qu’elle avait accusé réception de la déclaration de maladie professionnelle faite, en lui en adressant copie, ainsi que du certificat médical initial, ensuite le 22 juillet 2011 du recours au délai complémentaire d’instruction, enfin le 7 septembre 2011 de la date prévisible de clôture de l’instruction au 27 septembre 2011, en l’informant aussi de sa faculté de consultation du dossier, avant de lui notifier enfin le 27 septembre 2011 la prise en charge de la maladie professionnelle déclarée et qu’ainsi, elle a respecté son obligation d’information » et dit « Qu’en l’état de ces constatations, la cour d’appel a décidé à bon droit que la décision de prise en charge de la maladie de M. X… devait être déclarée opposable à la société. »

(Cass. Civ. 2ème 6 octobre 2016, sur le pourvoi 15-22721, publié).

Faute inexcusable – précisions à propos de l’étendue des nouvelles dispositions relatives à l’inopposabilitéby Olivia Sigal

L’article 86 de la loi n°2012-1404 du 17 décembre 2012 de financement de la sécurité sociale pour 2013 a modifié les règles relatives aux suites des décisions retenant l’inopposabilité aux employeurs des décisions des caisses de reconnaître la nature professionnelle d’un accident.

Jusqu’à l’entrée en vigueur de cette loi, lorsqu’une telle inopposabilité était retenue, l’organisme social devait supporter seul l’intégralité la totalité de la charge financière liée à sa décision.

De façon pratique cela signifiait non seulement que la caisse ne pouvait répercuter le coût de l’accident sur l’employeur mais encore qu’en cas de reconnaissance de la faute inexcusable de ce dernier, elle devait encore supporter seule la totalité des condamnations complémentaires prononcées par les juges.

Depuis sa modification par l’article précité, l’article L.452-3-1 du code de la sécurité sociale permet désormais aux caisses de faire supporter aux employeurs les conséquences financières de leur faute inexcusable et ce même lorsque la décision initiale de prise en charge leur est inopposable de sorte que l’accident du travail ou la maladie professionnelle n’affecte pas leur compte AT/MP employeur.

Ce texte prévoit en effet que :

« Quelles que soient les conditions d’information de l’employeur par la caisse au cours de la procédure d’admission du caractère professionnel de l’accident ou de la maladie, la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur par une décision de justice passée en force de chose jugée emporte l’obligation pour celui-ci de s’acquitter des sommes dont il est redevable à raison des articles L. 452-1 à L. 452-3. »          

Le même texte précise que ces dispositions sont applicables « aux actions en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur introduites devant les tribunaux des affaires de sécurité sociale à compter du 1er janvier 2013. »

Il s’ensuit que, dans le cadre des instances engagées depuis cette date, l’employeur ne peut plus se prévaloir de l’inopposabilité à son égard de la décision de la caisse de reconnaître le caractère professionnel du sinistre pour échapper aux conséquences financière de sa faute inexcusable si l’inopposabilité qu’il invoque n’est pas le fruit d’une décision constatant l’absence de nature professionnelle de la maladie ou du décès.

Compte tenu de la parfaite divisibilité qui existe entre les rapports employeur/caisse et assuré/caisse, une décision reconnaissant, vis-à-vis de l’assuré, le caractère professionnel d’une maladie peut coexister avec une décision en sens contraire rendue dans une instance opposant l’organisme social à l’employeur.

La Cour de Cassation a eu l’occasion de se prononcer sur la mise en œuvre de ces dispositions dans une affaire dans laquelle une caisse avait conclu au rejet du moyen de défense invoqué par l’employeur pour n’avoir pas à supporter les conséquences financières de sa faute inexcusable.

L’employeur avait en effet prétendu que la décision de la caisse de prendre en charge la maladie et le décès de son ancien salarié lui étant inopposable il n’avait pas à supporter les conséquences d’une éventuelle décision de reconnaître l’existence d’une faute inexcusable de sa part.

Toutefois, constatant que les ayants droit de l’assuré avait engagé leur action en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur au mois de mars 2013 – et donc sous l’empire des nouvelles dispositions précitées – et que l’inopposabilité retenue ne résultait pas d’une décision reconnaissant l’absence de caractère professionnel de la maladie en cause, les juges du fond avaient dit l’action récursoire de la caisse recevable à l’encontre de l’employeur.

Ce dernier avait formé un pourvoi à l’encontre de cette décision et fait valoir, devant la Cour de Cassation qu’il résulte de l’article R. 441-14 du code de la Sécurité Sociale, issu du décret du 29 juillet 2009, applicable au 1er janvier 2010, que la décision de la caisse relativement à la prise en charge est notifiée, avec mentions des délais et voies de recours, à la victime ou à ses ayants droit ainsi qu’à l’employeur.

Selon l’employeur, il s’ensuivait que lorsqu’une caisse a notifié une décision de refus de prise en charge à l’employeur, cette décision ne peut plus être remise en cause, dans les rapports entre la caisse et l’employeur, à l’occasion d’un recours en reconnaissance de faute inexcusable exercé par l’assuré ou ses ayant droit.

L’employeur avait encore ajouté que les dispositions précitées de l’article L. 452-3-1 du code de la sécurité sociale avaient pour seul objet de limiter la portée de l’inopposabilité de la décision de prise en charge lorsque celle-ci résulte d’une méconnaissance par la caisse de ses obligations d’information contradictoires préalables à la prise en charge.

Selon l’employeur, ce texte n’avait ni pour objet, ni pour effet de remettre en cause l’autorité de la chose définitivement décidée des décisions de refus de prise en charge notifiées par la caisse à l’employeur.

L’employeur achevait son raisonnement en affirmant qu’en ce qui concernait ce dossier, il pouvait se prévaloir de la décision de refus de prise en charge de la maladie devenue définitive à son égard de sorte que la caisse ne pouvait ici prétendre exercer une action récursoire à son égard.

Les griefs présentés au soutient du pourvoi soutenaient donc qu’en accueillant l’action récursoire de la caisse à son encontre sans rechercher la portée de la décision de refus de prise en charge de la maladie arrêtée par la caisse à l’issue de l’instruction du dossier et son caractère définitif à l’égard de l’employeur, la cour d’appel avait privé sa décision de base légale au regard des articles R. 441-14, L. 452-3 et L. 452-3-1 du code de la sécurité sociale, ensemble le principe de l’autorité de la chose décidée.

L’employeur avait encore ajouté que la cour d’appel aurait également, en se fondant sur l’article L. 452-3-1 du code de la sécurité sociale pour accueillir l’action récursoire de la caisse, violé ce texte par fausse application.

Mais une telle lecture des dispositions de l’article L.452-3-1 du code de la sécurité sociale était bien trop étroite pour être retenue.

En effet, ce texte pose le principe que « la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur par une décision de justice passée en force de chose jugée emporte l’obligation pour celui-ci de s’acquitter des sommes dont il est redevable à raison » de la faute inexcusable et cela « quelles que soient les conditions d’information de l’employeur par la caisse au cours de la procédure d’admission du caractère professionnel de l’accident ou de la maladie. »  

A aucun moment, le législateur n’a affirmé que la seule inopposabilité qui devrait être ignorée ici serait celle qui résulte d’une méconnaissance par la caisse des règles du contradictoire à l’occasion de l’instruction du dossier.

C’est en ce sens que s’est prononcée la Cour de Cassation en retenant par un motif de pur droit, substitué après avis donné aux parties en application de l’article 1015 du code de procédure civile, à ceux critiqués.

Elle a dit «qu’ayant pour objet exclusif la prise en charge ou le refus de prise en charge au titre de la législation professionnelle, de l’accident, de la maladie ou de la rechute, la décision prise par la caisse dans les conditions prévues par l’article R. 441-14 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction issue du décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009, est sans incidence sur l’action en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur. »

Elle a ajouté que dès lors que la cour d’appel était saisie d’une demande de la caisse tendant à récupérer, sur le fondement de l’article L. 452-3 du code de la sécurité sociale, les préjudices alloués à la victime et à ses ayants droit en réparation de la faute inexcusable de la société, «l’inopposabilité à la société de la décision de prise en charge de la maladie professionnelle ne faisait pas obstacle à l’action récursoire de la caisse à l’encontre de la société. »

L’étendue de l’incidence des dispositions nouvelles a donc ainsi été précisée.

 

(Cass. Civ. 2ème 24 mai 2017, sur le pourvoi 16-17644).

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