Cabinet Olivia SIGAL

Avocat à la Cour de Paris, spécialiste du droit de la sécurité sociale et de la protection sociale

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Opposition à contrainte et fin de non recevoirde Olivia Sigal

Un assuré de la CIPAV qui n’avait pas acquitté ses cotisations en temps utile avait reçu signification d’une contrainte le 25 mars 2014.

Alors même que la signification précisait bien qu’il disposait d’un délai de quinzaine pour former une opposition motivée à l’encontre de cette contrainte, l’assuré a attend le 10 avril suivant pour former une opposition qu’il n’a même pas motivée.

Néanmoins, par un jugement rendu le 8 juillet 2015, le tribunal des affaires de sécurité sociale de PAU a fait droit à son opposition et déclaré nulle la contrainte litigieuse.

Le tribunal est parvenu à cette décision en accueillant favorablement le moyen de l’assuré qui avait invoqué la nullité de la contrainte pour défaut de qualité de son signataire.

Constatant que l’article R.133-4 du Code de la Sécurité Sociale dispose que
‘les contraintes sont décernées en vue du recouvrement des cotisations et majorations de retard par le Directeur de tout organisme de Sécurité Sociale jouissant de la personnalité civile et soumis au contrôle de la Cour des Comptes en application des dispositions des articles L.154-1 et L.154-2.’
le tribunal a relevé qu’en l’espèce la contrainte avait été délivrée le 12 novembre 2013 par le directeur de la CIPAV et signé en cette qualité au nom de Monsieur X sans que la CIPAV ne produise aux débats un élément de nature à justifier que ce Monsieur X signataire de la contrainte litigieuse avait qualité en propre, ou par le biais d’une délégation spéciale pour la décerner.

La CIPAV a formé un pourvoi au soutien duquel elle a rappelé que constitue une fin de non-recevoir tout moyen qui tend à faire déclarer l’adversaire irrecevable en sa demande, sans examen au fond, pour défaut de droit d’agir, tel le défaut de qualité, le défaut d’intérêt, la prescription, le délai préfix, la chose jugée.

Elle a également souligné que, selon l’article R133-3 du code de la sécurité sociale, l’opposition à une contrainte est formée au secrétariat du tribunal des affaires de sécurité sociale dans les quinze jours à compter de la signification et doit être motivée.

Rappelant ensuite que, devant le tribunal elle avait soulevé l’irrecevabilité de l’opposition non motivée formée par l’assurée hors délais, la CIPAV a reproché au tribunal d’avoir fait droit à cette cette opposition sans avoir préalablement examiné la fin de non-recevoir qui lui avait été ainsi présentée.

Il y avait ici, pour la CIPAV une violation manifeste de l’article 122 du nouveau Code de procédure civile et l’article R. 133-3 du Code de la sécurité sociale.

Ce pourvoi a donné à la Cour de Cassation une nouvelle occasion de rappeler dans quelle ordre les moyens doivent être examinés.

Pareil rappel avait déjà été réalisé dans un arrêt rendu le 16 janvier 2003 (sur le pourvoi 01-21020) au visa des articles 122 du nouveau Code de procédure civile et R. 133-3 du Code de la sécurité sociale.

Dans ce précédent arrêt, la Cour de Cassation avait rappelé :

– que «  selon le premier de ces textes, constitue une fin de non-recevoir tout moyen qui tend à faire déclarer l’adversaire irrecevable en sa demande, sans examen au fond, pour défaut de droit d’agir, tel le défaut de qualité, le défaut d’intérêt, la prescription, le délai préfix, la chose jugée ;

– que, selon le second, l’opposition à une contrainte est formée au secrétariat du tribunal des affaires de sécurité sociale dans les quinze jours à compter de la signification et doit être motivée»

de sorte qu’un « moyen pris de l’expiration du délai imparti pour former opposition à une contrainte constitue une fin de non-recevoir qui doit être examinée avant de statuer au fond. »

En d’autres termes, elle avait expliqué que le juge doit nécessairement avant d’examiner le fond du litige rechercher si l’opposition dont il est saisi est bien recevable.

C’est une décision en tout point semblable qu’elle a rendue le 6 octobre 2016 puisqu’elle a rappelé :

– que selon l’article 122 du code de procédure civile «constitue une fin de non-recevoir tout moyen qui tend à faire déclarer l’adversaire irrecevable en sa demande, sans examen au fond, pour défaut de droit d’agir, tel le défaut de qualité, le défaut d’intérêt, la prescription, le délai préfix, la chose jugée »

– et que selon l’article R. 133-3, alinéa 3, du code de la sécurité sociale « l’opposition à une contrainte est formée au secrétariat du tribunal des affaires de sécurité sociale  dans les quinze jours à compter de la signification et doit être motivée. »

Constatant qu’en l’espèce, l’assuré avait saisi le tribunal par requête déposée au greffe le 10 avril 2014, d’une opposition à la contrainte qui lui a été signifiée par la CIPAV par exploit d’huissier le 25 mars 2014, en paiement d’un certain montant de cotisations et majorations de retard dues au titre de l’année 2010, la Cour de Cassation a dit que le tribunal aurait du, avant de s’interroger sur la qualité du signataire de la contrainte, examiner « le moyen soulevé par la caisse tiré de l’expiration du délai imparti pour former opposition à une contrainte » puisque ce moyen « constituait une fin de non-recevoir qui devait être examinée avant tout examen au fond. »

En d’autres termes, il importe peu qu’un assuré dispose de superbes moyens pour faire annuler une contrainte.

Si son opposition n’est pas motivée – c’est-à-dire s’il n’explique pas dans sa lettre de saisine pour quelle raison il conteste le bien fondé de la demande (quitte à en rajouter plus tard si besoin) et si son opposition n’est pas effectuée dans les temps, son argumentation devra être écartée sans être examinée dès lors que l’organisme social poursuivant mettra en avant une fin de non recevoir.

(Cass. Civ. 2ème 6 octobre 2016, sur le pourvoi 15-24805).

Condition d’affiliation au RSI pour une activité de commerçantde Olivia Sigal

Monsieur X avait été affilié par la Caisse RSI Ile de France à raison d’une activité de commerçant qu’il exerçait en exploitant un fond de commerce depuis le 9 mai 2004.

A compter du 1er semestre 2006, il n’avait pas payé ses cotisations d’assurance vieillesse à la Caisse RSI.

Pour obtenir paiement des cotisations dues au titre du régime spécial d’assurance vieillesse des commerçants, la Caisse RSI lui avait fait délivré des contraintes.

L’UDAF (Union départementale des associations familiales) de Paris avait formé opposition à l’encontre de ces contraintes.

Elle avait expliqué que, depuis le 27 mars 1992, Monsieur X avait été placé sous curatelle renforcée et que, selon l’article 467 du Code civil, le majeur en curatelle renforcée ne peut faire, sans l’assistance de son curateur, un acte qui requerrait l’autorisation du conseil de famille ou du juge. Il s’ensuivait qu’un majeur en curatelle ne pouvait pratiquer le commerce, se voir reconnaître la qualité de commerçant …

Cette argumentation avait déduit le tribunal qui avait décidé que, privé de sa capacité commerciale depuis 1992, Monsieur X ne pouvait donc se voir demander des cotisations en qualité de commerçant par le RSI.

La Cour de Cassation a censuré sa décision et dit « que l’affiliation à un régime spécial d’assurance vieillesse des commerçants ne dépend pas de la capacité d’exercer le commerce de l’assuré, mais de l’exercice effectif par ce dernier d’une activité professionnelle comportant l’inscription au registre du commerce et des sociétés. »

En d’autres termes, ici encore, la réalité l’emporte sur la théorie : celui qui exerce une activité de commerçant, quand bien même il n’aurait pas le droit de le faire, a tout de même la qualité de commerçant et doit être affilié au RSI.

 

Olivia SIGAL avocat à la Cour de Paris URSSAF, RSI, cotisations sociales, accident du travail, maladie professionnelle

(Cass. Civ. 2ème  20 janvier 2012, sur le pourvoi: 10-27127 – à publier)

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