Cabinet Olivia SIGAL

Avocat à la Cour de Paris, spécialiste du droit de la sécurité sociale et de la protection sociale

Category Archive for ‘Accidents du travail, accidents de trajet et maladies professionelles’

Validité de la notification des décisions de prise en charge d’une maladie professionnelleby Olivia Sigal

De nombreux employeurs ont envisagé, pour conclure à l’inopposabilité à leur égard de décisions de la caisse de reconnaître la nature professionnelle de la maladie d’un de leurs salariés, de soulever un moyen pris du défaut de signature figurant sur le courrier qui leur avait été adressé pour procéder à la notification de prise en charge de cette maladie.

Les caisses ont bien évidemment conclu au rejet de ce moyen en faisant valoir qu’aucun texte ne subordonne la validité de ces décisions prises en matière de risque professionnel à leur signature par leurs auteurs.

Il ne s’agit pas ici de décisions qui relève de la gestion financière et comptable, décisions qui sont strictement encadrées par les dispositions de l’article D.253-6 du code de la sécurité sociale :
” Le directeur peut, conformément aux dispositions de l’article R. 122-3, déléguer, sous sa responsabilité, une partie de ses pouvoirs à certains agents de l’organisme.
Il peut déléguer, à titre permanent, sa signature au directeur adjoint de la caisse ou à un ou plusieurs agents de l’organisme.
Cette délégation doit préciser, pour chaque délégué, la nature des opérations qu’il peut effectuer et leur montant maximum s’il y a lieu.
L’agent comptable est dépositaire d’un exemplaire certifié des signatures du directeur et de ses délégués. ”

Il s’agit de décisions de nature administratives qui sont prises non pas par une personne nommément désignée qui aurait seule le pouvoir de se prononcer mais par ” la caisse ” ainsi visée par les articles R.441-10 à R.441-14 du code de la sécurité sociale.

Les textes prévoient donc que c’est ” la caisse ” qui instruit le dossier et notifie sa décision, sans identifier tel ou tel membre des agents de la caisse qui détiendrait seul le pouvoir et devrait nécessairement être signataire du courrier qui matérialise la décision de l’organisme social en matière de risques professionnels.

La Cour de Cassation a fait sienne cette analyse de sorte qu’aujourd’hui il est acquis qu’une décision de prise en charge d’une maladie professionnelle est valablement notifiée dès lors que le destinataire de l’acte est en mesure d’identifier l’organisme social qui est à l’origine de la décision.

En pratique, cette seule information suffit à assurer la validité de l’acte de notification.

L’ébauche de se principe a tout d’abord été posée dans un avis rendu le 22 mars 2004 (avis n°00-40002 à l’occasion d’une question relative à “la conséquence juridique de l’absence de mention, sur une mise en demeure adressée par une URSSAF, des prénom, nom et qualité du signataire du document au sens de l’article 4 de la loi du 12 avril 2000 ? ”

La Cour de Cassation y a répondu en disant être ” D’AVIS QUE l’omission des mentions prévues par l’article 4, alinéa 2, de la loi du 12 avril 2000 n’est pas de nature à justifier l’annulation par les juridictions statuant en matière de contentieux général de la sécurité sociale des mises en demeure délivrées par les URSSAF. ”

Plusieurs arrêts ont depuis été prononcés dans des litiges concernant la validité ou l’opposabilité de décisions prises par les organismes sociaux ayant fait l’objet de notifications ne portant pas de signature ou portant une signature non satisfaisante selon leurs destinataires.
A cette occasion, la Cour de Cassation a censuré la décision qui, pour déclarer inopposable à une société la décision de prise en charge d’un accident à titre professionnel, avait reproché à la caisse de ne pas avoir produit de délégation de pouvoir du directeur de l’organisme social au profit de l’agent qui avait signé la décision contestée et de s’être contentée ” de conclure à la validité de la décision de prise en charge au titre de la législation professionnelle de l’accident au seul motif que cette décision porte en entête la désignation de la caisse primaire d’assurance maladie des Ardennes. ”

La Cour de Cassation a dit “qu’en statuant ainsi, alors que le défaut de pouvoir d’un agent de l’organisme social, signataire d’une décision de reconnaissance du caractère professionnel d’un accident ou d’une maladie ne rend pas celle-ci inopposable à l’employeur, qui conserve la possibilité d’en contester tant le bien-fondé que les modalités de mise en œuvre au regard des obligations d’information et de motivation incombant à l’organisme social ” la cour d’appel avait exposé sa décision à la censure (Cass. Civ. 2ème 12 février 2015, sur le pourvoi 13-28085).

Elle a depuis confirmé cette analyse à plusieurs reprises (dans le même sens Cass. Civ. 2ème 7 mai 2015, sur le pourvoi 14-14999; Cass. Civ. 2ème 21 janvier 2016, sur le pourvoi 14-29781).

La Cour de Cassation a également censuré un autre arrêt qui pour dire inopposable à l’employeur de la décision de prise en charge d’un accident avait retenu “que le défaut de pouvoir de l’auteur de la décision de prendre en charge l’accident au titre de la législation sur les risques professionnels constitue une irrégularité de fond. ”

Elle a dit ici “qu’en statuant ainsi, alors que le défaut de pouvoir d’un agent de l’organisme social signataire d’une décision de reconnaissance du caractère professionnel d’un accident ou d’une maladie ne rend pas celle-ci inopposable à l’employeur, qui conserve la possibilité d’en contester tant le bien-fondé que les modalités de mise en œuvre au regard des obligations d’information et de motivation incombant à l’organisme social, la cour d’appel avait violé ” l’article R.441-14 du code de la sécurité sociale (Cass. Civ. 2ème 2 avril 2015, sur le pourvoi: 14-12465).

La validité de la notification de la décision de la caisse ne dépend donc pas de la validité ou même de la présence de la signature de son auteur.

Et il ne servirait à rien d’invoquer ici les dispositions de l’article 4, alinéa 2, de la loi n°2000-321 du 12 avril 2000 qui prévoit que toute décision prise par un organisme social doit en principe, conformément à, comporter outre la signature de son auteur, la mention en caractère lisibles du nom, prénom et de la qualité de celui-ci, l’omission de ces mentions n’affecte pas la validité de la décision dès lors que celle-ci précise la dénomination de l’organisme qui l’a émise (Cass. Civ. 2ème 2ème 12 février 2005, sur le pourvoi 14-11833).

La Cour de Cassation rejette les moyens qui lui sont présentés sur cette base au motif “que l’omission des mentions prévues par l’article 4, alinéa 2, de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 n’affecte pas la régularité de la mise en demeure prévue par l’article L. 244-2 du code de la sécurité sociale dès lors que celle-ci précise la dénomination de l’organisme qui l’a émise ” (Cass. Civ. 2ème 9 octobre 2014, sur les pourvois 13-25170, 13-25964 ; Cass. Civ. 2ème 28 mai 2014, sur le pourvoi 13-16918, publié).

On comprend donc que la validité de la notification ne dépend que d’une chose : il faut qu’elle permette l’identification de l’organisme social qui a pris la décision et qui la notifie.

Faute inexcusable et inopposabilité.by Olivia Sigal

L’inopposabilité à un employeur de la décision de prise en charge de la maladie professionnelle, quelle qu’en soit l’origine, ne fait pas obstacle à l’action récursoire de la caisse à l’encontre de cet employeur.

Les ayants droit d’un assuré décédé des suites d’une maladie professionnelle ayant engagé une action en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur, celui-ci avait invoqué l’inopposabilité à son égard de la décision de la caisse de reconnaître la nature professionnelle de ladite maladie et du décès de l’intéressé.

Plus précisément encore, l’employeur avait fait valoir que la décision de la caisse de prendre en charge la maladie et le décès de son ancien salarié lui étant inopposable il n’avait pas à supporter les conséquences d’une éventuelle décision de reconnaître l’existence d’une faute inexcusable de sa part.

Les juges du fond ayant rejeté les moyens qu’il avait développé au soutien de cette demande d’inopposabilité, l’employeur a formé un pourvoi.

Il a reproché à la cour d’appel d’avoir déclaré recevable l’action récursoire de la caisse à son égard et de l’avoir condamné cette dernière à rembourser à la caisse les sommes dont l’organisme social devait faire l’avance au titre, d’une part, de l’action successorale des ayants droit relative à la majoration de rente, à l’indemnisation des préjudices personnels de l’assuré et du préjudice personnel moral de sa veuve et d’autre part de l’indemnisation du préjudice moral personnel des ayants droit.

Une discussion s’était alors engagée sur l’application des dispositions de l’article L.452-3-1 du code de la sécurité sociale.

Il faut ici rappelé que l’article 86 de la loi n°2012-1404 du 17 décembre 2012 de financement de la sécurité sociale pour 2013 a modifié les règles relatives aux suites des décisions retenant l’inopposabilité aux employeurs des décisions des caisses de reconnaître la nature professionnelle d’un accident.

Jusqu’à l’entrée en vigueur de cette loi, lorsqu’une telle inopposabilité était retenue, l’organisme social devait supporter seul l’intégralité la totalité de la charge financière liée à sa décision.

De façon pratique cela signifiait non seulement que la caisse ne pouvait répercuter le coût de l’accident sur l’employeur mais encore qu’en cas de reconnaissance de la faute inexcusable de ce dernier, elle devait encore supporter seule la totalité des condamnations complémentaires prononcées par les juges.

Il n’en va plus de même depuis sa modification par l’article précité.

Aujourd’hui, l’article L.452-3-1 du code de la sécurité sociale permet aux caisses de faire supporter aux employeurs les conséquences financières de leur faute inexcusable et ce même lorsque la décision initiale de prise en charge leur est inopposable de sorte que l’accident du travail ou la maladie professionnelle n’affecte pas leur compte AT/MP employeur.

Ce texte prévoit en effet que :
” Quelles que soient les conditions d’information de l’employeur par la caisse au cours de la procédure d’admission du caractère professionnel de l’accident ou de la maladie, la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur par une décision de justice passée en force de chose jugée emporte l’obligation pour celui-ci de s’acquitter des sommes dont il est redevable à raison des articles L. 452-1 à L. 452-3. ”

Le même texte précise que ces dispositions sont applicables ” aux actions en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur introduites devant les tribunaux des affaires de sécurité sociale à compter du 1er janvier 2013. ”

Aussi, dans le cadre des instances engagées depuis cette date, l’employeur ne peut plus se prévaloir de l’inopposabilité à son égard de la décision de la caisse de reconnaître le caractère professionnel du sinistre pour échapper aux conséquences financières de sa faute inexcusable si l’inopposabilité qu’il invoque n’est pas le fruit d’une décision constatant l’absence de nature professionnelle de la maladie ou du décès.

L’employeur avait soutenu ici que ces dispositions ne pouvaient trouver application à l’espèce.

Au soutien de cette affirmation, l’employeur avait fait valoir, d’une part, que le refus initial de prise en charge qui avait été opposé par la caisse à l’action des ayants droit avait un caractère définitif à son égard de sorte que la caisse ne pouvait plus exercer son action récursoire.

L’employeur avait ajouté, d’autre part, que la cour d’appel aurait anormalement étendu le domaine dans lequel il y a lieu de faire application des dispositions de l’article L. 452-3-1 du code de la sécurité sociale.

Selon l’employeur, lorsque ce texte dispose que “quelles que soient les conditions d’information de l’employeur par la caisse au cours de la procédure d’admission du caractère professionnel de l’accident ou de la maladie, la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur par une décision de justice passée en force de chose jugée emporte l’obligation pour celui-ci de s’acquitter des sommes dont il est redevable à raison des articles L. 452-1 à L. 452-3 ” il a pour seul objet de limiter la portée de l’inopposabilité de la décision de prise en charge lorsque celle-ci résulte d’une méconnaissance par la caisse de ses obligations d’information contradictoires préalables à la prise en charge.

L’employeur avait ajouté qu’en droit ce texte n’avait ni pour objet, ni pour effet de remettre en cause l’autorité de la chose définitivement décidée des décisions de refus de prise en charge notifiées par la caisse à l’employeur.

La caisse avait défendu à ces moyens en affirmant notamment que l’employeur procédait à une lecture bien trop étroite des dispositions de l’article L.452-3-1 du code de la sécurité sociale.

Elle avait souligné qu’il suffisait de lire les dispositions précitées pour constater que, le législateur n’avait pas affirmé que la seule inopposabilité qui devrait être ignorée ici serait celle qui résulte d’une méconnaissance par la caisse des règles du contradictoire à l’occasion de l’instruction du dossier.

C’est par un motif de pur droit qu’elle a substitué à ceux retenus par les juges du fond que la Cour de Cassation a rejeté le pourvoi de l’employeur.

Elle a, dans un premier temps, dit “qu’ayant pour objet exclusif la prise en charge ou le refus de prise en charge au titre de la législation professionnelle, de l’accident, de la maladie ou de la rechute, la décision prise par la caisse dans les conditions prévues par l’article R. 441-14 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction issue du décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009, est sans incidence sur l’action en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur. ”

Relevant ensuite ” que la cour d’appel était saisie d’une demande de la caisse tendant à récupérer, sur le fondement de l’article L. 452-3 du code de la sécurité sociale, les préjudices alloués à la victime et à ses ayants droit en réparation de la faute inexcusable de la société ” la Cour de Cassation a dit “qu’il en résulte que l’inopposabilité à la société de la décision de prise en charge de la maladie professionnelle ne faisait pas obstacle à l’action récursoire de la caisse à l’encontre de la société. ”

(Cass. Civ. 2ème 24 mai 2017, sur le pourvoi 16-17644).

Contenu du dossier d’instruction accident du travail de la caisse.by Olivia Sigal

L’article R.441-14 du code de la sécurité sociale dans sa rédaction issue du décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009 prévoit que :
« Lorsqu’il y a nécessité d’examen ou d’enquête complémentaire, la caisse doit en informer la victime ou ses ayants droit et l’employeur avant l’expiration du délai prévu au premier alinéa de l’article R. 441-10 par lettre recommandée avec demande d’avis de réception. A l’expiration d’un nouveau délai qui ne peut excéder deux mois en matière d’accidents du travail ou trois mois en matière de maladies professionnelles à compter de la date de cette notification et en l’absence de décision de la caisse, le caractère professionnel de l’accident ou de la maladie est reconnu.
En cas de saisine du comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, mentionné au cinquième alinéa de l’article L. 461-1, le délai imparti à ce comité pour donner son avis s’impute sur les délais prévus à l’alinéa qui précède.
Dans les cas prévus au dernier alinéa de l’article R. 441-11, la caisse communique à la victime ou à ses ayants droit et à l’employeur au moins dix jours francs avant de prendre sa décision, par tout moyen permettant d’en déterminer la date de réception, l’information sur les éléments recueillis et susceptibles de leur faire grief, ainsi que sur la possibilité de consulter le dossier mentionné à l’article R. 441-13.
La décision motivée de la caisse est notifiée, avec mention des voies et délais de recours par tout moyen permettant de déterminer la date de réception, à la victime ou ses ayants droit, si le caractère professionnel de l’accident, de la maladie professionnelle ou de la rechute n’est pas reconnu, ou à l’employeur dans le cas contraire. Cette décision est également notifiée à la personne à laquelle la décision ne fait pas grief.
Le médecin traitant est informé de cette décision. »

Aussi, dans les cas où elle a procédé à une instruction conformément au dernier alinéa de l’article R. 441-11, la caisse doit communiquer à la victime ou à ses ayants droit et à l’employeur au moins dix jours francs avant de prendre sa décision, par tout moyen permettant d’en déterminer la date de réception, l’information sur les éléments recueillis et susceptibles de leur faire grief ainsi que la possibilité de venir consulter le dossier qui comprend, en application du premier, au titre des éléments médicaux relatifs à la victime, les divers certificats médicaux ainsi que l’avis du médecin-conseil.

La Cour de Cassation a précisé qu’aucun argument ne pouvait être tiré de l’absence au dossier de certains éléments médicaux.

Dans cette affaire, le salarié avait déclaré, le 5 juin 2012, un cancer broncho-pulmonaire pris en charge par la caisse primaire d’assurance maladie au titre du tableau n° 30 bis des maladies professionnelles et les dépenses afférentes à cette maladie imputées sur le compte son employeur qui avait, pour ne pas avoir à supporter les conséquences financières de la décision de la caisse, engagé une action afin de voir constater l’inopposabilité à son égard de la décision de prise en charge.

Pour accueillir cette demande, les juges du fond avait relevé que deux pièces du dossier, communiquées par la caisse à l’employeur le 10 décembre 2012, date de la décision de prise en charge, et reçues par celui-ci le 13 décembre 2012, étaient postérieures à la lettre du 20 novembre 2012 informant l’employeur de la clôture de l’instruction.

Ces deux pièces du dossier étaient :
– d’une part, la fiche de liaison médico-administrative du 22 novembre 2012
– et d’autre part les conclusions motivées d’IPP du 22 novembre 2012.

C’est donc parce que la caisse n’établissait que la caisse n’établit pas que ces deux pièces, lesquelles faisaient grief à l’employeur, avaient effectivement été mises à la disposition de l’employeur pour consultation pendant le délai de dix jours francs à compter de la lettre informant de la clôture de l’instruction que la cour d’appel avait dit la décision de la caisse inopposable à l’employeur.

La Cour de Cassation a censuré cette décision et dit «Qu’en statuant ainsi, alors que les documents litigieux portaient sur la fixation du taux d’incapacité permanente partielle susceptible d’être reconnu à la victime, de sorte qu’ils n’avaient pas à figurer dans le dossier sur la base duquel se prononce la caisse pour la reconnaissance du caractère professionnel d’une maladie ou d’un accident » la cour d’appel avait exposé sa décision à la censure.
Il s’ensuit qu’il est possible de soutenir que seuls les documents qui concernent la nature de l’accident (par opposition aux documents qui ont trait à l’évaluation des conséquences de l’accident) doivent figurer dans le dossier que la caisse doit présenter à l’employeur pour assurer un débat contradictoire préalablement à sa décision et ce sous peine d’inopposabilité de sa décision audit employeur.

(Cass. Civ. 2ème 21 septembre 2017, sur le pourvoi: 16-26842, publié)

ENIM – Régime de la marine : Accident du travail et Faute inexcusable d’un travailleur clandestinby Olivia Sigal

La Cour de Cassation a eu l’occasion de connaître d’une affaire qui concernait une action en reconnaissance de faute inexcusable engagée par les ayants droit de William X…, décédé en novembre 2010 lors du naufrage d’un navire de pêche à bord duquel il était clandestinement employé comme marin.

Dans le cadre de son pourvoi formé à l’encontre de la décision accueillant favorablement les demandes des ayants droit, l’ENIM (c’est l’Établissement national des invalides de la marine)
avait tout d’abord souligné le caractère clandestin de l’activité exercée par la victime.

La Cour de Cassation a balayé ce moyen en commençant par affirmer « que le régime des marins français victimes d’accidents maritimes prévu par l’article 1er du décret-loi modifié du 17 juin 1938 relatif à la réorganisation et à l’unification du régime d’assurance des marins s’étend aux intéressés peu important la régularité de leur embarquement. »

Elle a ensuite ajouté qu’il résulte « des articles L. 412-8 8° et L. 413-12 2° du code de la sécurité sociale, tels qu’interprétés par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2011-127 QPC du 6 mai 2011, ainsi que de l’article 20 du décret-loi susvisé que le marin victime d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle au cours de l’exécution du contrat d’engagement maritime ou ses ayants droit peuvent, en cas de faute inexcusable de l’employeur, demander, devant la juridiction de sécurité sociale, le bénéfice du livre IV du code de la sécurité sociale ainsi que l’indemnisation des préjudices complémentaires non expressément couverts par les dispositions de ce livre. »Il est donc acquis que même un travailleur qui a été clandestinement employé est protégé au même titre qu’un travailleur régulier pour ce qui concerne l’action en reconnaissance de la faute inexcusable de son employeur.

Elle a ensuite décidé que dès lors que l’arrêt avait constaté que, lors de l’accident, le marin victime se trouvait placé sous la direction et le contrôle du capitaine que l’armateur s’était substitué la cour d’appel n’avait pas exposé sa décision aux critiques présentées par l’ENIM.

Enfin, elle a rappelé qu’il faut, pour qu’il existe une faute inexcusable de la victime susceptible de réduire la majoration de la rente allouée à ses ayants droit, caractériser une faute intentionnelle de la victime.

Dans cette affaire, la cour d’appel avait considéré que cette faute était bien caractérisée puisque l’intéressé savait qu’il ne disposait pas du certificat de travail d’initiation nautique et que l’administration des affaires maritimes avait refusé de l’en dispenser après l’avoir invité une fois de plus à suivre une formation à cette fin, de sorte qu’il savait être embarqué dans une situation irrégulière.

La Cour de Cassation a dit qu’en statuant ainsi, la cour d’appel n’avait pas caractérisé une faute volontaire de la victime d’une exceptionnelle gravité exposant sans raison valable son auteur à un danger dont il aurait dû avoir conscience » rappelant ainsi ce qu’est cette faute exonératoire pour l’employeur.

(Cass. Civ. 2ème 15 juin 2017, sur le pourvoi: 15-24510, publié)

L’arrêté du 17 décembre 1954 est le texte qu’il convient d’appliquer pour déterminer la valeur de rachat et de conversion de certaines rentes d’accidents du travail.by Olivia Sigal

Un assuré victime d’un accident du travail avait, à la date de consolidation des suites de cet accident, bénéficié de l’attribution d’une rente payable trimestriellement calculée sur la base d’un taux d’incapacité permanente partielle de 10%.

L’assuré avait demandé à la caisse de procéder au rachat de cette rente et contesté devant la commission de recours amiable puis devant le tribunal des affaires de sécurité sociale le montant du capital calculé par la caisse.

Le tribunal avait favorablement accueilli le recours de l’intéressé et fait injonction à la Caisse de procéder au calcul de la valeur de rachat du quart de la rente attribuée à partir du 11 mai 2012 sur la base du barème issu de l’arrêté du 27 décembre 2011 et de payer cette somme déduction à faire de la prestation déjà acquittée.

La caisse a formé un pourvoi à l’encontre de ce jugement et ainsi donné à la Cour de Cassation une opportunité de se prononcer à ce propos.

Pour une parfaite compréhension de la discussion, il faut rappeler qu’en 1954, les modalités de conversion des rentes accident du travail en capital ont fait l’objet de deux textes règlementaires.

Le premier, du 3 décembre 1954 concernait les « accidents du travail imputables à un tiers » c’est-à-dire à toute personne autre que l’employeur ou ses préposés.

Le second, du 17 décembre 1954 « fixant le tarif à utiliser pour déterminer la valeur de rachat et de conversion de certaines rentes d’accidents du travail» était relatif aux accidents du travail sans intervention d’un tiers.

Initialement les barèmes de ces deux derniers arrêtés, ceux du 3 décembre 1954 et celui du 17 décembre 1954, libellés en francs étaient identiques.

Par la suite l’arrêté du 3 décembre 1954 a été actualisé et remplacé par les arrêtés successifs du 27 décembre 2011 et du 29 janvier 2013 (basés sur les tables de mortalité INSEE 2000-2002), visant la conversion des rentes dans le cadre des articles R 376-1 et R454-1 du Code de la sécurité sociale, soit l’évaluation forfaitaire des rentes dans le cadre des remboursements des rentes par les tiers responsables et leurs assureurs.

Tel n’a pas été le cas du barème qui avait été annexé à l’arrêté du 17 décembre 1954, c’est-à-dire, on vient de le voir, celui « fixant le tarif à utiliser pour déterminer la valeur de rachat et de conversion de certaines rentes d’accidents du travail» et pris pour l’application des articles L 434-3 et R 434-5 du code de la sécurité sociale n’a jamais été actualisé.

C’est l’application de ce dernier qui était au cœur des débats.

Les juges du fond avaient en effet décidé d’en écarter l’application au motif que les articles 60, 65, 67 et 68 de la loi du 30 octobre 1946 n’étant plus en vigueur, l’arrêté pris pour leur application n’est également plus en vigueur.

Dans son arrêt rendu au visa des articles L. 434-3 et R. 434-5 du code de la sécurité sociale et de cet arrêté du 17 décembre 1954 fixant le tarif à utiliser pour déterminer la valeur de rachat et de conversion de certaines rentes d’accidents du travail, la Cour de Cassation a dit que l’arrêté précité avait été «pris pour l’application des deux premiers de ces textes issus de la codification de la loi n° 46-2426 du 30 octobre 1946 » afin de fixer « le tarif servant à la détermination du capital représentatif des rentes d’accidents du travail pour la conversion pour partie des rentes attribuées à la victime d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle ou à ses ayants droit » de sorte qu’en statuant comme il l’avait fait, le tribunal avait violé par refus d’application les textes susvisés.

Au vu de cette décision on comprend que c’est toujours sur le fondement de l’arrêté du 17 décembre 1954 que doivent être réalisés les calculs en cette matière.

(Cass. Civ. 2ème 4 mai 2017, sur le pourvoi 16-16412, à publier).

Les dépenses exposées par un assuré afin d’obtenir la désignation d’un mandataire ad hoc pour représenter un ancien employeur liquidé judiciairement doivent être supportées par la caisseby Olivia Sigal

Un assuré victime d’une maladie professionnelle régulièrement pris en charge par la caisse primaire d’assurance maladie dont il était l’assuré ayant de faire reconnaître la faute inexcusable de son employeur, une société radiée du registre du commerce et des Sociétés, avait obtenu du tribunal de commerce la désignation d’un mandataire ad hoc qui avait reçu pour mission de représenter la société à l’instance.

Convoquée à l’audience du tribunal des affaires de sécurité sociale, le mandataire ad hoc ainsi désigné s’était borné à s’en rapporter à justice par lettre et, la caisse, comme il est coutume dans ses affaires, s’en était remise à la sagesse du tribunal sur la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur et sur la majoration de la rente en capital.

Les juges du fond avaient partiellement fait droit aux demandes de l’assuré et dit que la maladie professionnelle dont il était atteint résultait bien de la faute inexcusable de la société radiée, dit l’assuré fondé à obtenir, dans les termes de l’article L 452¬2 du code de la sécurité sociale, la majoration du capital qu’il percevait et ce quel que soit le taux d’incapacité permanente partielle dont la rente suivra l’évolution. Le tribunal a encore procédé à l’évaluation de ses préjudices indemnisables et renvoyé l’assuré devant la Caisse pour la liquidation de ses droits, la caisse étant tenue de faire l’avance des sommes qui lui était allouées.

Cette décision a été confirmée par la cour d’Aix-en-Provence sur le fond du litige.

Toutefois, statuant à nouveau, la cour d’appel a condamné caisse à rembourser à l’assuré les sommes de 19,78 euros et de 480 euros au titre des frais du mandataire ad hoc de son employeur.

La caisse a formé un pourvoi à l’encontre de cette partie de la décision.

Au soutien de son pourvoi, la caisse a rappelé que l’un des principes qui prédomine en droit de la sécurité sociale est celui de la gratuité de la procédure.

Et, effectivement l’article L.144-5 du code de la sécurité sociale prévoit que
« A l’exclusion des rémunérations des présidents des juridictions et de celles de leurs secrétaires ainsi que de celles du secrétaire général et des secrétaires généraux adjoints de la Cour nationale de l’incapacité et de la tarification de l’assurance des accidents du travail, les dépenses de toute nature résultant de l’application des chapitres II et III du présent titre sont :
1°) ou bien réglées directement par la caisse nationale compétente du régime général ou par la Caisse centrale de la mutualité sociale agricole ;
2°) ou bien avancées par la caisse primaire d’assurance maladie ou la caisse départementale ou pluri-départementale de mutualité sociale agricole du siège de la juridiction et remboursées par la caisse nationale compétente du régime général ou par la Caisse centrale de la mutualité sociale agricole ;
3°) ou bien remboursées par la caisse nationale compétente du régime général au budget de l’Etat.
Les modalités suivant lesquelles les dépenses précitées sont avancées, réglées et remboursées par les organismes mentionnés aux 1°, 2° et 3° sont fixées par arrêtés interministériels.
Des arrêtés interministériels déterminent les conditions dans lesquelles les dépenses acquittées par la caisse nationale compétente, en application du présent article, sont réparties entre les organismes du régime général de sécurité sociale, du régime de la mutualité sociale agricole, des régimes spéciaux, les organismes de sécurité sociale mentionnés au livre VI du présent code, le fonds spécial d’invalidité mentionné par l’article L. 815-3-1 et le fonds de solidarité vieillesse institué par l’article L. 135-1. »

L’article R144-10 de ce même code ajoute :
« La procédure est gratuite et sans frais.
L’appelant qui succombe est condamné au paiement d’un droit qui ne peut excéder le dixième du montant mensuel du plafond prévu à l’article L. 241-3 ; il peut toutefois être dispensé du paiement de ce droit par une mention expresse figurant dans la décision.
Sans préjudice des dispositions de l’article L. 442-8, les honoraires et frais, notamment d’examens complémentaires éventuels, liés à la nouvelle expertise ordonnée par le tribunal en application de l’article L. 141-2 sont mis à la charge de la partie qui succombe, à moins que le juge, par décision motivée, n’en mette la totalité ou une fraction à la charge d’une autre partie.
En outre, dans le cas de recours jugé dilatoire ou abusif, le demandeur qui succombe, soit en première instance, soit en appel, est condamné au paiement d’une amende au taux prévu à l’article 559 du code de procédure civile et, le cas échéant, au règlement des frais de la procédure, et notamment des frais résultant des enquêtes, consultations et expertises ordonnées en application des articles R. 142-22, R. 142-24, R. 143-13 et R. 143-27. Les frais provoqués par la faute d’une partie peuvent être dans tous les cas mis à sa charge.
Toutefois, à l’occasion des litiges qui portent sur le recouvrement de cotisations ou de majorations de retard et lorsque la procédure est jugée dilatoire ou abusive, l’amende est fixée à 6 % des sommes dues, en vertu du jugement rendu, avec minimum de 150 euros par instance.
Les dispositions de l’alinéa précédent sont applicables aux procédures mentionnées aux articles R. 133-3, R. 243-6 à R. 243-22, R. 243-24, R. 243-25 et R. 244-2.
Le produit des droits et amendes prévus aux alinéas précédents est liquidé par la juridiction saisie et recouvré comme les amendes pénales prononcées par les tribunaux répressifs, sur extrait délivré par le secrétariat ou le greffe de la juridiction intéressée. »

Enfin, le texte suivant précise que
« Les dépenses mentionnées à l’article L. 144-5 sont notamment :
1°) les frais et indemnités d’assesseurs, de témoins et d’expertises qui n’ont pas été mis expressément à la charge d’une partie ou d’un organisme par une disposition particulière ;
2°) les émoluments des greffiers des cours d’appel afférents aux recours formés contre les décisions des tribunaux des affaires de sécurité sociale ;
3°) (Abrogé)
4°) les frais de fonctionnement des tribunaux des affaires de sécurité sociale et des juridictions du contentieux technique de la sécurité sociale.
Les arrêtés mentionnés au deuxième alinéa de l’article L. 144-5 sont pris par le ministre chargé de la sécurité sociale, le ministre chargé de l’agriculture et, le cas échéant, le garde des sceaux, ministre de la justice.
Les arrêtés mentionnés au troisième alinéa du même article L. 144-5 sont pris par le ministre chargé de la sécurité sociale et les autres ministres intéressés. »

A l’occasion de la mise en œuvre de ces dispositions, la Cour de Cassation a déjà dit qu’il résulte de ces textes « que les dépenses de toute nature du contentieux général de la sécurité sociale, et notamment les frais d’expertise autre que celle prévue à l’article L.141 1 du même code, sont ou bien réglées directement par la caisse nationale compétente du régime général, ou bien avancées par la caisse primaire d’assurance maladie et remboursées par la caisse nationale compétente du régime général ou bien remboursées par la caisse nationale compétente du régime général au budget de l’Etat ; que la procédure est gratuite et sans frais sauf en cas de recours jugé dilatoire ou abusif ou de frais provoqués par la faute d’une partie. » (Cass. Civ. 2ème 9 juillet 2009, sur le pourvoi 08-10286, censurant la décision qui avait condamné l’employeur à consigner au greffe une provision à valoir sur la rémunération de l’expert désigné pour l’évaluation des chefs de préjudice d’un assuré).

Néanmoins, alors même que le texte ne vise que les dépenses de toute nature du contentieux général de la sécurité sociale, c’est en arguant de ce principe de la gratuité de la procédure qu’en l’espèce, l’assuré avait demandé et obtenu que la caisse soit condamnée à lui rembourser les frais qu’il avait engagés pour les honoraires et la désignation du mandataire ad hoc de la son ancien employeur.

Alors que le tribunal avait rejeté cette demande, la cour d’appel a cru devoir infirmer leur décision sur ce point.
Pour ce faire, elle avait retenu que
«Sur les frais afférents à la désignation d’un mandataire ad hoc:
L’article L. 144-5 du code de la sécurité sociale pose le principe selon lequel les dépenses de toute nature résultant de l’application des chapitres II et III du présent titre sont réglées ou avancées par les Caisses d’Assurance Maladie. Cet article s’insère dans le titre IV du livre premier du code de la sécurité sociale. Le titre IV est consacré aux expertises médicales, au contentieux et aux pénalités. Les chapitres II et III traitent du contentieux général et du contentieux technique de la sécurité sociale. L’article R. 144-10 du code de la sécurité sociale dispose que la procédure est gratuite et sans frais.
Le procès en faute inexcusable est dirigé contre l’employeur qui doit être appelé à l’instance. Aussi, les dépenses de contentieux de toute nature englobent les frais qui ont été rendus nécessaires pour que la société employeur dont la liquidation a été clôturée puisse être représentée devant les juridictions de sécurité sociale par un mandataire ad hoc.
Le recours formé par l’assuré n’est ni abusif ni dilatoire.
Dans ces conditions, la Caisse Primaire d’Assurance Maladie doit prendre à sa charge les frais engagés pour voir désigner un mandataire ad hoc à l’employeur, la S.A. Constructions et Installations Electriques du Littoral. »

La caisse avait soutenu, au soutient de son pourvoi que le remboursement des frais et honoraires exposés au tribunal de commerce pour la désignation du mandataire ad hoc chargé de représenter l’employeur liquidé judiciairement n’entrait bien évidemment pas pas dans le périmètre des obligations pécuniaires mises à la charge des organismes sociaux par les dispositions d’ordre public du code de la sécurité sociale.
Elle avait insisté sur le fait que ce périmètre était défini par l’article L.452-3 al. 3 du code de la sécurité sociale qui met à la charge des caisses l’avance des sommes réparant les préjudices des salariés victimes de fautes inexcusables et qui les investit d’une action récursoire légale de ce chef contre l’employeur.

La Cour de Cassation a rejeté son pourvoi dans un arrêt qui doit être publié.
Pour ce faire elle a retenu « qu’en application de l’article L. 144-5 du code de la sécurité sociale, selon lequel la procédure devant les juridictions de sécurité sociale est gratuite et sans frais, les dépenses liées à la désignation d’un mandataire ad hoc pour représenter la société liquidée judiciairement doivent rester à la charge de la caisse. »

(Cass. Civ. 2ème 24 mai 2017, sur le pourvoi 16-16038, à publier).

L’accident lors de la visite à la médecine du travail est un accident du travailby Olivia Sigal

L’article L.411-1 du code de la sécurité sociale prévoit que :

« Est considéré comme accident du travail, quelle qu’en soit la cause, l’accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail à toute personne salariée ou travaillant, à quelque titre ou en quelque lieu que ce soit, pour un ou plusieurs employeurs ou chefs d’entreprise. »

La Cour de Cassation rappelle périodiquement « qu’au sens de ce texte, le salarié est au temps et au lieu de son travail tant qu’il est soumis à l’autorité et à la surveillance de son employeur. »

Elle vient de le rappeler une nouvelle fois à propos d’un accident mortel dont avait été victime un salarié alors qu’il se trouvait dans la salle d’attente du médecin du travail dans le cadre d’une visite périodique.

Après avoir régulièrement déclaré cet accident à la caisse primaire d’assurance maladie de Haute-Garonne dont le salarié était l’assuré, l’employeur a saisi une juridiction de sécurité sociale aux fins d’inopposabilité de la décision de prise en charge de l’organisme social.

Pour faire droit au recours de l’employeur, les juges du fond ont retenu que le malaise dont a été victime l’assuré s’était produit hors de ses jours de travail à un moment où il ne travaillait donc pas au sein de l’entreprise et que les horaires de travail mentionnés sur la déclaration d’accident du travail, 10 heures à 11 heures, ne correspondaient qu’au temps passé dans le service de la médecine du travail pour une visite périodique.

Pour la cour d’appel il en résultait « que l’accident s’était produit en dehors du lieu de travail dans la salle d’attente du service de la médecine du travail ; que le malaise déclaré est survenu en dehors de tout fait accidentel soudain, la victime n’effectuant aucune activité physique, aucun effort particulier, il attendait dans la salle d’attente de la médecine du travail ; que la preuve de la matérialité de l’événement précis et soudain survenu par le fait ou à l’occasion du travail n’est donc pas rapportée. »

La Cour de Cassation a censuré la décision des juges du fond accueillant favorablement les moyens développés à ce propos par l’employeur et jugeant la décision de la caisse inopposable à son égard.

Pour ce faire, elle a dit «qu’en statuant ainsi, alors qu’il résultait de ses constatations que le salarié avait été victime d’un malaise quand il se trouvait dans les locaux des services de la médecine du travail en l’attente d’un examen périodique inhérent à l’exécution de son contrat de travail, de sorte qu’il devait bénéficier de la présomption d’imputabilité, la cour d’appel d’appel a violé » l’article L.411-1 du code de la sécurité sociale.

La question est donc réglée, l’accident dont le salarié est victime alors qu’il se trouve dans les locaux de la médecine du travail, activité menée à bien à raison de l’existence même de son contrat de travail, est bien un accident du travail .

(Cass. Civ. 2ème 6 juillet 2017, sur le pourvoi 16-20119, publié)

 

Le respect du contradictoire vis-à-vis du dernier employeur de la victime d’une maladie professionnelle.by Olivia Sigal

On sait que « le ou les précédents employeurs de la victime d’une affection prise en charge au titre de la législation professionnelle peuvent se prévaloir, aux fins d’inopposabilité de la décision de la caisse, des manquements de celle-ci dans l’instruction du dossier à l’égard du dernier employeur de la victime » (Cass. Civ. 2ème 19 décembre 2013, sur le pourvoi 12-25661, Bull II N°244).

C’est en invoquant ce principe qu’un ancien employeur de l’assuré chez qui l’intéressé avait été exposé au risque (l’inhalation de poussière d’amiante) s’était prétendu fondé à se prévaloir de la méconnaissance par la caisse des droits du dernier employeur de cet assuré et avait invité les juges du fond à en déduire l’inopposabilité à son égard de la décision de prise en charge contestée.

Dans cette affaire, le dernier employeur de l’assuré avait une activité telle (le conditionnement des carottes en colis) qu’il n’y était pas exposé à l’inhalation de poussières d’amiante.

La caisse avait, de ce fait, préféré instruire le dossier au contradictoire non pas de ce dernier employeur mais du dernier employeur chez qui l’intéressé avait été exposé au risque et ce pendant plus de dix ans, qui est une durée d’exposition suffisante pour être prise en compte au titre du tableau n°30 bis des maladies professionnelles

Une telle instruction semblait raisonnable dès lors que « la maladie doit être considérée comme contractée au service du dernier employeur chez lequel la victime a été exposée au risque, avant sa constatation médicale, sauf à cet employeur  à rapporter la preuve que la victime a également été exposée au risque chez d’autres employeurs » (Cass. Civ. 2ème 7 mai 2014, sur le pourvoi 13-14018 ; Cass. Civ. 2ème 9 octobre 2014, sur le pourvoi 13-23345).

Les premiers juges puis la cour d’appel en avaient convenu et considéré que, dans la mesure où la caisse avait instruit le dossier au contradictoire du dernier employeur chez qui le salarié avait été exposé au risque, la décision de prise en charge de la caisse lui était bien opposable.

Cet employeur a alors formé un pourvoi au soutient duquel il a fait notamment valoir que la cour d’appel aurait exposé sa décision à la censure et violé les articles R 441-11 et R 441-14 du code de la sécurité sociale en déclarant opposable à son égard la décision de la caisse de reconnaître la nature professionnelle de la maladie alors même qu’elle constatait que l’instruction de ce dossier n’avait pas été mené au respect des droits du dernier employeur.

Une discussion sur ce point aurait été envisageable sous l’empire des dispositions anciennes des articles 441-11 et suivants du code de la sécurité sociale, c’est-à-dire dans leur rédaction antérieure à celle issue du décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009 visaient exclusivement «la personne physique ou morale qui a la qualité d’employeur ou de dernier employeur de la victime. » (Cass. Civ. 2ème 6 novembre 2014, sur le pourvoi 13-20510 à publier).

Cependant, les faits en cause s’étaient déroulés sous l’empire des dispositions nouvelles, c’est-à-dire de celles de l’article R441-11 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction issue du décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009.

Or si l’obligation posée à ce texte « ne concerne que la victime, ses ayants droit et la personne physique ou morale qui a la qualité d’employeur actuel ou de dernier employeur de la victime. » (Cass. Civ. 2ème 6 novembre 2014, sur le pourvoi 13-20510), il n’en reste pas moins que le nouveau texte impose à la caisse, à réception de la déclaration de maladie professionnelle, d’en envoyer un double non pas au dernier employeur mais bien « à l’employeur à qui la décision est susceptible de faire grief par tout moyen permettant de déterminer sa date de réception. »

La Cour de Cassation rappelle que cette information s’impose pour permettre à ce dernier de défendre ses intérêts dès lors que, cela a déjà été rappelé, « la maladie doit être considérée comme contractée au service du dernier employeur chez lequel la victime a été exposée au risque, avant sa constatation médicale, sauf à cet employeur  à rapporter la preuve que la victime a également été exposée au risque chez d’autres employeurs » (Cass. Civ. 2ème 7 mai 2014, Cass. Civ. 2ème 9 octobre 2014, précité)

Dans un tel contexte, même si, « à l’issue de l’instruction, la caisse primaire n’est tenue de l’obligation d’information qu’à l’égard de la personne physique ou morale qui a la qualité d’employeur ou de dernier employeur de la victime » (Cass. Civ. 2ème 9 juillet 2015, sur le pourvoi 14-18427), il aurait été absurde de sanctionner un organisme social pour avoir instruit le dossier de prise en charge de la maladie professionnelle litigieuse non pas au contradictoire du dernier employeur de l’assuré mais au contradictoire du dernier employeur chez lequel l’intéressé a été exposé au risque.

En agissant ainsi en effet, la caisse a ni plus ni moins que favorisé l’employeur chez qui l’assuré avait été exposé au risque. Ce dernier a bien été privilégié puisque la Caisse a instruit la décision contradictoirement à son égard alors même qu’elle n’en avait pas l’obligation.

Il semblait difficilement envisageable de lui permettre de revendiquer la méconnaissance des droits d’un autre employeur totalement étranger à l’exposition au risque qui n’aurait bien évidemment pas porté le même intérêt que lui à ce dossier.

La Cour de Cassation l’a bien compris et elle a rejeté le pourvoi en retenant :

«que l’employeur qui a reçu une information complète sur la procédure d’instruction, n’est pas recevable à se prévaloir, aux fins d’inopposabilité à son égard de la décision de la caisse, des manquements de celle-ci dans l’instruction du dossier à l’égard du dernier employeur de la victime. »

Constatant ensuite « que la société devait être tenue comme le dernier employeur ayant exposé le salarié au risque, l’arrêt retient que la caisse justifie avoir informé celle-ci le 20 mai 2011 de ce qu’elle avait accusé réception de la déclaration de maladie professionnelle faite, en lui en adressant copie, ainsi que du certificat médical initial, ensuite le 22 juillet 2011 du recours au délai complémentaire d’instruction, enfin le 7 septembre 2011 de la date prévisible de clôture de l’instruction au 27 septembre 2011, en l’informant aussi de sa faculté de consultation du dossier, avant de lui notifier enfin le 27 septembre 2011 la prise en charge de la maladie professionnelle déclarée et qu’ainsi, elle a respecté son obligation d’information » et dit « Qu’en l’état de ces constatations, la cour d’appel a décidé à bon droit que la décision de prise en charge de la maladie de M. X… devait être déclarée opposable à la société. »

(Cass. Civ. 2ème 6 octobre 2016, sur le pourvoi 15-22721, publié).

Faute inexcusable – précisions à propos de l’étendue des nouvelles dispositions relatives à l’inopposabilitéby Olivia Sigal

L’article 86 de la loi n°2012-1404 du 17 décembre 2012 de financement de la sécurité sociale pour 2013 a modifié les règles relatives aux suites des décisions retenant l’inopposabilité aux employeurs des décisions des caisses de reconnaître la nature professionnelle d’un accident.

Jusqu’à l’entrée en vigueur de cette loi, lorsqu’une telle inopposabilité était retenue, l’organisme social devait supporter seul l’intégralité la totalité de la charge financière liée à sa décision.

De façon pratique cela signifiait non seulement que la caisse ne pouvait répercuter le coût de l’accident sur l’employeur mais encore qu’en cas de reconnaissance de la faute inexcusable de ce dernier, elle devait encore supporter seule la totalité des condamnations complémentaires prononcées par les juges.

Depuis sa modification par l’article précité, l’article L.452-3-1 du code de la sécurité sociale permet désormais aux caisses de faire supporter aux employeurs les conséquences financières de leur faute inexcusable et ce même lorsque la décision initiale de prise en charge leur est inopposable de sorte que l’accident du travail ou la maladie professionnelle n’affecte pas leur compte AT/MP employeur.

Ce texte prévoit en effet que :

« Quelles que soient les conditions d’information de l’employeur par la caisse au cours de la procédure d’admission du caractère professionnel de l’accident ou de la maladie, la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur par une décision de justice passée en force de chose jugée emporte l’obligation pour celui-ci de s’acquitter des sommes dont il est redevable à raison des articles L. 452-1 à L. 452-3. »          

Le même texte précise que ces dispositions sont applicables « aux actions en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur introduites devant les tribunaux des affaires de sécurité sociale à compter du 1er janvier 2013. »

Il s’ensuit que, dans le cadre des instances engagées depuis cette date, l’employeur ne peut plus se prévaloir de l’inopposabilité à son égard de la décision de la caisse de reconnaître le caractère professionnel du sinistre pour échapper aux conséquences financière de sa faute inexcusable si l’inopposabilité qu’il invoque n’est pas le fruit d’une décision constatant l’absence de nature professionnelle de la maladie ou du décès.

Compte tenu de la parfaite divisibilité qui existe entre les rapports employeur/caisse et assuré/caisse, une décision reconnaissant, vis-à-vis de l’assuré, le caractère professionnel d’une maladie peut coexister avec une décision en sens contraire rendue dans une instance opposant l’organisme social à l’employeur.

La Cour de Cassation a eu l’occasion de se prononcer sur la mise en œuvre de ces dispositions dans une affaire dans laquelle une caisse avait conclu au rejet du moyen de défense invoqué par l’employeur pour n’avoir pas à supporter les conséquences financières de sa faute inexcusable.

L’employeur avait en effet prétendu que la décision de la caisse de prendre en charge la maladie et le décès de son ancien salarié lui étant inopposable il n’avait pas à supporter les conséquences d’une éventuelle décision de reconnaître l’existence d’une faute inexcusable de sa part.

Toutefois, constatant que les ayants droit de l’assuré avait engagé leur action en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur au mois de mars 2013 – et donc sous l’empire des nouvelles dispositions précitées – et que l’inopposabilité retenue ne résultait pas d’une décision reconnaissant l’absence de caractère professionnel de la maladie en cause, les juges du fond avaient dit l’action récursoire de la caisse recevable à l’encontre de l’employeur.

Ce dernier avait formé un pourvoi à l’encontre de cette décision et fait valoir, devant la Cour de Cassation qu’il résulte de l’article R. 441-14 du code de la Sécurité Sociale, issu du décret du 29 juillet 2009, applicable au 1er janvier 2010, que la décision de la caisse relativement à la prise en charge est notifiée, avec mentions des délais et voies de recours, à la victime ou à ses ayants droit ainsi qu’à l’employeur.

Selon l’employeur, il s’ensuivait que lorsqu’une caisse a notifié une décision de refus de prise en charge à l’employeur, cette décision ne peut plus être remise en cause, dans les rapports entre la caisse et l’employeur, à l’occasion d’un recours en reconnaissance de faute inexcusable exercé par l’assuré ou ses ayant droit.

L’employeur avait encore ajouté que les dispositions précitées de l’article L. 452-3-1 du code de la sécurité sociale avaient pour seul objet de limiter la portée de l’inopposabilité de la décision de prise en charge lorsque celle-ci résulte d’une méconnaissance par la caisse de ses obligations d’information contradictoires préalables à la prise en charge.

Selon l’employeur, ce texte n’avait ni pour objet, ni pour effet de remettre en cause l’autorité de la chose définitivement décidée des décisions de refus de prise en charge notifiées par la caisse à l’employeur.

L’employeur achevait son raisonnement en affirmant qu’en ce qui concernait ce dossier, il pouvait se prévaloir de la décision de refus de prise en charge de la maladie devenue définitive à son égard de sorte que la caisse ne pouvait ici prétendre exercer une action récursoire à son égard.

Les griefs présentés au soutient du pourvoi soutenaient donc qu’en accueillant l’action récursoire de la caisse à son encontre sans rechercher la portée de la décision de refus de prise en charge de la maladie arrêtée par la caisse à l’issue de l’instruction du dossier et son caractère définitif à l’égard de l’employeur, la cour d’appel avait privé sa décision de base légale au regard des articles R. 441-14, L. 452-3 et L. 452-3-1 du code de la sécurité sociale, ensemble le principe de l’autorité de la chose décidée.

L’employeur avait encore ajouté que la cour d’appel aurait également, en se fondant sur l’article L. 452-3-1 du code de la sécurité sociale pour accueillir l’action récursoire de la caisse, violé ce texte par fausse application.

Mais une telle lecture des dispositions de l’article L.452-3-1 du code de la sécurité sociale était bien trop étroite pour être retenue.

En effet, ce texte pose le principe que « la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur par une décision de justice passée en force de chose jugée emporte l’obligation pour celui-ci de s’acquitter des sommes dont il est redevable à raison » de la faute inexcusable et cela « quelles que soient les conditions d’information de l’employeur par la caisse au cours de la procédure d’admission du caractère professionnel de l’accident ou de la maladie. »  

A aucun moment, le législateur n’a affirmé que la seule inopposabilité qui devrait être ignorée ici serait celle qui résulte d’une méconnaissance par la caisse des règles du contradictoire à l’occasion de l’instruction du dossier.

C’est en ce sens que s’est prononcée la Cour de Cassation en retenant par un motif de pur droit, substitué après avis donné aux parties en application de l’article 1015 du code de procédure civile, à ceux critiqués.

Elle a dit «qu’ayant pour objet exclusif la prise en charge ou le refus de prise en charge au titre de la législation professionnelle, de l’accident, de la maladie ou de la rechute, la décision prise par la caisse dans les conditions prévues par l’article R. 441-14 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction issue du décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009, est sans incidence sur l’action en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur. »

Elle a ajouté que dès lors que la cour d’appel était saisie d’une demande de la caisse tendant à récupérer, sur le fondement de l’article L. 452-3 du code de la sécurité sociale, les préjudices alloués à la victime et à ses ayants droit en réparation de la faute inexcusable de la société, «l’inopposabilité à la société de la décision de prise en charge de la maladie professionnelle ne faisait pas obstacle à l’action récursoire de la caisse à l’encontre de la société. »

L’étendue de l’incidence des dispositions nouvelles a donc ainsi été précisée.

 

(Cass. Civ. 2ème 24 mai 2017, sur le pourvoi 16-17644).

A quelle date doit on évaluer le taux d’incapacité permanente partielle de la victime d’une maladie non visée par un tableau :by Olivia Sigal

Il résulte des dispositions des articles L461-1 et R461-8 du code de la sécurité sociale que :

« Peut être également reconnue d’origine professionnelle une maladie caractérisée non désignée dans un tableau de maladies professionnelles lorsqu’il est établi qu’elle est essentiellement et directement causée par le travail habituel de la victime et qu’elle entraîne le décès de celle-ci ou une incapacité permanente d’un taux évalué dans les conditions mentionnées à l’article L434-2  et au moins égal à » 25%.

Le taux auquel il est ici fait référence est celui visé à l’article L.434-2 du code de la sécurité sociale lequel « est déterminé d’après la nature de l’infirmité, l’état général, l’âge, les facultés physiques et mentales de la victime ainsi que d’après ses aptitudes et sa qualification professionnelle, compte tenu d’un barème indicatif d’invalidité. »

Compte tenu des éléments ainsi énuméré qu’il convient de retenir pour sa détermination, on comprend qu’hors de l’hypothèse d’un décès, ce taux est susceptible de variation en fonction de l’évolution de l’état de l’assuré.

Ce taux peut s’aggraver au fur et à mesure des années en raison de la dégradation progressive des facultés qui accompagne le processus de vieillissement.

Il peut, au contraire, s’améliorer en raison des progrès de la médecine.

Une opération ou encore un traitement médicamenteux adapté peut en effet restituer à un assuré des capacités qu’il avait initialement prévu.

Dans ces conditions, et compte tenu du délai de trois mois à six mois dans lequel la caisse est supposée avoir achevé l’instruction du dossier de prise en charge d’une maladie professionnelle, le taux auquel il fait référence n’est pas le taux définitif qui sera déterminé des mois, voire des années plus tard, lorsque l’état de l’assuré sera consolidé mais un taux prévisionnel qui est déterminé par le service médical de la caisse.

Cette lecture du texte s’imposait impérativement dès lors que le taux doit figurer dans le dossier qui est transmis au comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (cf Article D461-29 du code de la sécurité sociale «Le dossier constitué par la caisse primaire doit comprendre : … Le rapport établi par les services du contrôle médical de la caisse primaire d’assurance maladie qui comporte, le cas échéant, le rapport d’évaluation du taux d’incapacité permanente de la victime. »)

Certains employeurs n’ont pas hésité à soutenir le contraire, ce qui a conduit la Cour de Cassation a prendre une décision à propos de la date à laquelle il faut se placer pour évaluer le taux d’incapacité permanente partielle de la victime d’une maladie non visée par un tableau.

Dans un arrêt rendu le 24 mai 2017, au visa des articles L. 461-1, alinéa 4, R. 461-8, D. 461-29 et D. 461-30 du code de la sécurité sociale la Cour de Cassation a dit que :

« selon le premier de ces textes, que peut être également reconnue d’origine professionnelle une maladie caractérisée non désignée dans un tableau de maladies professionnelles lorsqu’il est établi qu’elle est essentiellement et directement causée par le travail habituel de la victime et qu’elle entraîne le décès de celle-ci ou une incapacité permanente d’un taux évalué dans les conditions mentionnées à l’article L. 434-2 et au moins égal à un pourcentage fixé à 25 % par le deuxième ; que, selon le dernier, la caisse primaire d’assurance maladie saisit le comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles après avoir recueilli, notamment, le rapport du service du contrôle médical qui, aux termes du troisième, comprend, le cas échéant, le rapport d’évaluation du taux d’incapacité permanente partielle de la victime ; que pour l’application de ces dispositions, le taux d’incapacité permanente à retenir pour l’instruction d’une demande de prise en charge d’une maladie non désignée dans un tableau de maladies professionnelles est celui évalué par le service du contrôle médical dans le dossier constitué pour la saisine du comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, et non le taux d’incapacité permanente partielle fixé après consolidation de l’état de la victime pour l’indemnisation des conséquences de la maladie. »

Elle a ensuite expliqué que, dans cette affaire, la salariée avait déclaré le 23 mai 2012, auprès de sa caisse , une pathologie non désignée dans un tableau de maladies professionnelles et prise en charge, au titre de la législation professionnelle, par une décision du 14 février 2013, après avis favorable d’un comité régional de reconnaissance  des maladies professionnelles mais qu’après consolidation de son état la caisse avait fixé le taux d’incapacité permanente de la victime à 12 % et qu’au vu de ce taux inférieur à 25% ; l’employeur avait saisi une juridiction de sécurité sociale aux fins d’inopposabilité de la décision de prise en charge.

La 2ème chambre civile de la Cour de Cassation a constaté que, pour accueillir le recours de cet employeur, la cour d’appel avait relevé que s’agissant de la maladie déclarée par l’assurée, il était constant que le taux minimum qui permettait l’éventuelle prise en charge au titre de la législation sur les maladies professionnelles était de 25 % et qu’en l’espèce, ce taux avait été fixé à 12 %.

La cour d’appel en avait déduit que même s’il ne pouvait pas être fait grief à la caisse d’avoir demandé l’avis motivé d’un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles dès lors que le taux prévisible de l’incapacité permanente avait été estimé par son service médical à plus de 25 % et qu’il n’était pas encore établi à la date de cette demande d’avis serait finalement fixé à un taux inférieur à 25 %, la décision de prise en charge de la maladie déclarée par l’assurée au titre de la législation professionnelle ne pouvait qu’être déclarée inopposable à la société ;

La Cour de Cassation a dit qu’en statuant ainsi, la cour d’appel avait violé les textes susvisés des articles L. 461-1, alinéa 4, R. 461-8, D. 461-29 et D. 461-30 du code de la sécurité sociale et ainsi reconnu que « le taux d’incapacité permanente à retenir pour l’instruction d’une demande de prise en charge d’une maladie non désignée dans un tableau de maladies professionnelles est celui évalué par le service du contrôle médical dans le dossier constitué pour la saisine du comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles, et non le taux d’incapacité permanente partielle fixé après consolidation de l’état de la victime pour l’indemnisation des conséquences de la maladie. »

(Cass. Civ. 2ème 24 mai 2017, sur le pourvoi 16-18141).

Elle a, à cette occasion confirmé le principe qu’elle avait déjà dégagé dans un arrêt en tout point similaire rendu quelques mois plus tôt censurant dans les mêmes termes la décision d’une cour d’appel qui pour dire la décision de prise en charge de la caisse inopposable à l’employeur avait relevé « que la caisse a saisi le comité, le 13 août 2010, sur la base d’un avis de son médecin-conseil du 21 juillet 2010 mentionnant que l’état de l’intéressé était stabilisé à cette date et que l’incapacité permanente estimée était égale ou supérieure à 25 %. »

Dans cet affaire également, le taux d’incapacité permanente de l’assuré avait été réduit en deça de 25% à la consolidation de son état en rapport avec la maladie professionnelle fixée au 5 janvier 2011.

Pour la cour d’appel, dès lors que l’état de santé de l’intéressé n’était pas stabilisé au moment où le médecin-conseil s’est prononcé il en résultait que, dans les rapports entre la caisse et l’employeur, la maladie de l’assuré ne pouvait être considérée comme une maladie professionnelle dans la mesure où, s’agissant d’une maladie non prévue par un tableau, elle n’était pas à l’origine d’une incapacité permanente au moins égale à 25 %.

Ici encore, la Cour de Cassation a affirmé « Qu’en statuant ainsi, la cour d’appel a violé les textes susvisés. »

(Cass. Civ. 2ème 19 janvier 2017, sur le pourvoi: 15-26655, publié).
 

Faute inexcusable – nouvelles dispositions relatives à l’inopposabilitéby Olivia Sigal

L’article 86 de la loi n°2012-1404 du 17 décembre 2012 de financement de la sécurité sociale pour 2013 a modifié les règles relatives aux suites des décisions retenant l’inopposabilité aux employeurs des décisions des caisses de reconnaître la nature professionnelle d’un accident.

Jusqu’à l’entrée en vigueur de cette loi, lorsqu’une telle inopposabilité était retenue, l’organisme social devait supporter seul l’intégralité la totalité de la charge financière liée à sa décision.

De façon pratique cela signifiait non seulement que la caisse ne pouvait répercuter le coût de l’accident sur l’employeur mais encore qu’en cas de reconnaissance de la faute inexcusable de ce dernier, elle devait encore supporter seule la totalité des condamnations complémentaires prononcées par les juges.

Depuis sa modification par l’article précité, l’article L.452-3-1 du code de la sécurité sociale permet désormais aux caisses de faire supporter aux employeurs les conséquences financières de leur faute inexcusable et ce même lorsque la décision initiale de prise en charge leur est inopposable de sorte que l’accident du travail ou la maladie professionnelle n’affecte pas leur compte AT/MP employeur.

Ce texte prévoit en effet que :

« Quelles que soient les conditions d’information de l’employeur par la caisse au cours de la procédure d’admission du caractère professionnel de l’accident ou de la maladie, la reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur par une décision de justice passée en force de chose jugée emporte l’obligation pour celui-ci de s’acquitter des sommes dont il est redevable à raison des articles L. 452-1 à L. 452-3. »

Le même texte précise que ces dispositions sont applicables « aux actions en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur introduites devant les tribunaux des affaires de sécurité sociale à compter du 1er janvier 2013. »

Il s’ensuit que, dans le cadre des instances engagées depuis cette date, l’employeur ne peut plus se prévaloir de l’inopposabilité à son égard de la décision de la caisse de reconnaître le caractère professionnel du sinistre pour échapper aux conséquences financière de sa faute inexcusable si l’inopposabilité qu’il invoque n’est pas le fruit d’une décision constatant l’absence de nature professionnelle de la maladie ou du décès.

Bien que le texte précité soit parfaitement clair en ce qu’il fait référence à la date des « actions en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur introduites devant les tribunaux des affaires de sécurité sociale » un employeur avait imaginé, pour échapper aux conséquences de sa faute inexcusable, de soutenir qu’il fallait se placer, pour déterminer si la loi nouvelle était applicable, à la date à laquelle la caisse avait été informée de l’intention de l’assuré d’engager une action en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur.

La cour d’appel avait adopté cette thèse et retenu qu’il n’y avait pas lieu de s’arrêter au fait que les ayants droit de la victime de l’accident mortel avaient en engagé le 16 avril 2013 – et donc après le 1er janvier 2013 – leur action en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur devant le tribunal compétent.

Pour laisser à la charge de la caisse les compléments de rente et les indemnités versées aux ayants droit après reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur, les juges du fond avaient retenu :

– d’une part, que la décision de prise en charge du décès par l’organisme social a été déclarée inopposable à l’employeur par un arrêt définitif de la cour d’appel d’Aix-en-Provence du 16 octobre 2007,
– d’autre part, que l’action des ayant droit avait été engagée, le 26 octobre 2012, par lettre de leur avocat à la caisse en vue de la tentative de conciliation.

La Cour de Cassation a censuré cette décision en ces termes :

« Qu’en statuant ainsi, par des motifs inopérants, alors que l’action en reconnaissance de la faute inexcusable avait été introduite par les consorts X…, devant le tribunal des affaires de sécurité sociale, après le 1er janvier 2013, la cour d’appel a violé » les articles L452-3-1 du code de la sécurité sociale et 86, II, de la loi n° 2012-1404 du 17 décembre 2012.

Elle a ainsi clairement dit que lorsque le législateur a dit que la loi nouvelle s’appliquait « aux actions en reconnaissance de la faute inexcusable de l’employeur introduites devant les tribunaux des affaires de sécurité sociale à compter du 1er janvier 2013 » il fallait prendre en considération la date de saisine du tribunal et non les évènements antérieurs à cette saisine comme l’information de la caisse de l’intention de voir reconnaître la faute inexcusable de l’employeur.

(Cass. Civ. 2ème 24 mai 2017, sur le pourvoi 16-15084).

Envoi par la caisse d’un questionnaire à la victime d’un accident du travailby Olivia Sigal

Afin d’assurer le respect du principe du contradictoire au stade de la procédure d’instruction des demandes de reconnaissance d’accidents du travail, les caisses devaient sous l’empire des dispositions ancienne respecter les formalités prévues aux articles R 441-11 et suivants du code de la sécurité sociale dans leur rédaction antérieure au décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009.

Le premier de ces textes précisait notamment que « III.-En cas de réserves motivées de la part de l’employeur ou si elle l’estime nécessaire, la caisse envoie avant décision à l’employeur et à la victime d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle un questionnaire portant sur les circonstances ou la cause de l’accident ou de la maladie ou procède à une enquête auprès des intéressés. Une enquête est obligatoire en cas de décès. »

Les textes suivant ajoutaient qu’à chaque fois que la caisse procédait à des mesures d’investigation – que ce soit de façon spontanée ou encore à raison des réserves formulées par l’employeur – elle devait nécessairement, avant de se prononcer sur le caractère professionnel de l’accident, informer l’employeur de la fin de la procédure d’instruction, des éléments susceptibles de lui faire grief, de la possibilité de consulter le dossier et de la date à laquelle elle prévoit de prendre sa décision (Cass. Civ. 2ème 9 février 2006, sur le pourvoi : 04-30499 ; Cass. Civ. 2ème 18 janvier 2006, sur le pourvoi : 05-12605 ; Cass. Civ. 2ème 18 janvier 2006 sur le pourvoi : 04-30441).

A défaut, sa décision était inopposable à l’employeur (Cass. Civ. 2ème 31 mai 2005, sur les pourvois 03-30685, 03-30.378).

Le principe de l’obligation pour la caisse de procéder à des mesures d’instruction en cas de réserve de l’employeur étant acquis, la question s’est posée de savoir quelles mesures précises l’organisme social était tenu de prendre.

La Cour de Cassation a, dans ce cadre, décidé que l’employeur n’a pas à être appelé à participer à l’enquête administrative, la caisse pouvant se borner à recueillir les seules explications de l’assuré (Cass. Civ. 2ème 5 avril 2007, sur le pourvoi 06-11687, Bull II N°93).

Interrogée à nouveau sur ce point, la Cour de Cassation s’est prononcée par le 20 septembre 2010 par un avis (N°5) en ces termes : « En application des dispositions spécifiques des articles R. 441-11 et suivants du code de la sécurité sociale, le respect du principe de la contradiction, dans la procédure de reconnaissance du caractère professionnel d’un accident ou d’une maladie, est satisfait par le seul envoi à l’employeur par la caisse primaire d’assurance maladie d’une lettre l’informant de la fin de la procédure d’instruction, des éléments recueillis susceptibles de lui faire grief, de la possibilité de consulter le dossier et de la date à laquelle elle prévoit de prendre sa décision. »

Puis, lorsqu’un employeur a formé un pourvoi afin de critiquer la décision des juges du fond qui avaient dit opposable à son égard une décision prise par la caisse après envoi d’un questionnaire au seul salarié, la Cour de Cassation a censuré la décision des juges du fond qui, comme en l’espèce, avaient retenu que faute d’avoir aussi adressé un questionnaire à l’employeur, l’organisme social n’avait pas respecter les règles du contradictoire à son égard.

La Cour de Cassation a dit « qu’en statuant ainsi, alors que la caisse qui choisit de recourir à une enquête peut dans ce cadre, adresser un questionnaire au salarié sans être tenue d’en adresser un à l’employeur » la cour d’appel avait exposé sa décision à la censure (Cass. Civ. 2ème 11 juillet 2013, sur le pourvoi 12-22152).

C’est une censure en tout point semblable qui est à nouveau intervenue dans un arrêt du 15 décembre 2016.

Dans cette décision rendue au visa de l’article R. 441-11 du code de la sécurité sociale dans sa rédaction antérieure au décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009, la Cour de Cassation a constaté que pour contester l’opposabilité à son égard de la décision de la caisse de reconnaître la nature professionnelle de l’accident dont le salarié avait été victime le 11 septembre 2008, l’employeur avait invoqué une méconnaissance des règles du contradictoire à son égard.

Elle a également noté « que, pour accueillir ce recours, l’arrêt constate que la caisse a diligenté une enquête et adressé un questionnaire à la victime et à un témoin, omettant l’envoi à la société ; qu’il en déduit qu’une instruction ou une enquête au cours de laquelle le questionnaire n’est adressé qu’à une seule partie ne respecte pas le principe du contradictoire qui commande que les deux parties puissent s’expliquer dans les mêmes conditions sur les points pris en compte par la caisse avant sa prise de décision. »

La Cour de Cassation a censuré cette décision en retenant « qu’en statuant ainsi, alors que la caisse qui choisit de recourir à une enquête peut, dans ce cadre, adresser un questionnaire à la victime sans être tenue d’en adresser un à l’employeur, la cour d’appel a violé le texte susvisé. »

La question est donc clairement réglée, le questionnaire peut être envoyé à la seule victime.

(Cass. Civ. 2ème 15 décembre 2016, sur le pourvoi: 15-27067).

Aggravation des lésions ou décès et débat contradictoire caisse/employeurby Olivia Sigal

Afin de n’avoir pas à supposer les conséquences financières de la maladie professionnelle dont un de ses salariés avait été victime, un employeur avait invoqué, devant les juridictions du contentieux de la sécurité sociale, la méconnaissance par la caisse des règles du contradictoire lors de l’instruction de son dossier.

Pour se prononcer sur ce moyen pris de l’inopposabilité à l’employeur de la décision de l’organisme social, les juges du fond ont constaté que l’instruction avait été régulière et ils ont déclaré la décision initiale de prise en charge de la caisse dont relevait l’assuré opposable à l’employeur.

La cour d’appel ne s’est cependant pas arrêtée là. Elle a ensuite décidé de rechercher si les règles du contradictoire avaient été respectées lorsque la caisse avait décidé de retenir la nature professionnelle du décès de son assuré.

En d’autres termes, la cour d’appel a raisonné comme si la décision d’attribuer à la veuve une rente d’ayant droit avait été prise à l’issue de l’instruction d’un dossier ouvert au même titre que la maladie qui était à son origine.

C’est alors qu’elle a reproché à la caisse de n’avoir pas procéder à une quelconque information de l’employeur avant de prendre cette décision.

La caisse a formé un pourvoi à l’encontre de cet arrêt en faisant valoir que les juges du fons s’étaient mépris sur le sens des dispositions de l’article R.441-11 III et plus généralement sur l’ensemble des règles qui gouvernent l’instructions des dossiers des maladies professionnelles.

Au soutien de son recours, l’organisme social a expliqué que lorsque l’article R.441-11 III du code de la sécurité sociale prévoit qu’ «En cas de réserves motivées de la part de l’employeur ou si elle l’estime nécessaire, la caisse envoie avant décision à l’employeur et à la victime d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle un questionnaire portant sur les circonstances ou la cause de l’accident ou de la maladie ou procède à une enquête auprès des intéressés. Une enquête est obligatoire en cas de décès. » ce texte vise la déclaration initiale et non le décès susceptible de survenir ultérieurement, à la suite d’une rechute mais pas lorsque le décès de l’accident.

Et effectivement, la Cour de Cassation rappelle que la caisse n’est tenue d’organiser une nouvelle procédure d’instruction au contradictoire de l’employeur « que lorsque l’aggravation d’une lésion déjà prise en charge entraîne pour la victime la nécessité d’un traitement médical, qu’il y ait ou non nouvelle incapacité temporaire » mais qu’une telle procédure n’a pas à être respectée en cas de décès de la victime par suite des conséquences de l’accident ou de la maladie professionnelle déjà prise en charge.

Ainsi, elle a rejeté le pourvoi formé par l’employeur d’un assuré qui était décédé après la décision de prise en charge de sa maladie au titre de la législation professionnelle en confirmant la décision des juges du fond qui avaient retenu, à bon droit que, ne s’agissant pas d’une rechute, aucune disposition du code de la sécurité sociale n’imposait à la caisse d’informer l’employeur préalablement à sa décision d’attribution d’une rente aux ayants droit de l’assuré en suite de son décès. » (Cass. Civ. 2ème 1er juin 2011, sur le pourvoi 10-15146 ; Cass. Civ. 2ème 13 octobre 2011, sur le pourvoi 10-24122, publié ; Cass. Civ. 2ème   7 juillet 2011, sur le pourvoi 10-19912).

Aucune des modifications apportées aux articles R441-10 et suivant du code de la sécurité sociale n’ayant imposé à la caisse la mise en œuvre de nouvelles mesures d’instruction au contradictoire de l’employeur en cas d’aggravation de l’infirmité ou de décès de la victime par suite des conséquences de l’accident, la cour d’appel avait donc, en décidant que la caisse ne pourrait exercer son action récursoire à l’encontre de l’employeur que pour les seules sommes en relation avec la prise en charge de la maladie professionnelle de l’assuré et non pour celles en relation avec son décès, exposé sa décision à la cassation.

Dans son arrêt visant les articles L. 443-1, L. 443-2, R. 441-10 et R. 443-4 du code de la sécurité sociale, la Cour de Cassation a dit qu’il résultait de la combinaison de ces textes « que la caisse n’est tenue de mettre en œuvre les dispositions de l’article R. 441-14 du code de la sécurité sociale, dans leur rédaction issue du décret n° 2009-938 du 29 juillet 2009, applicable au litige, que lorsque l’aggravation d’une lésion déjà prise en charge entraîne pour la victime la nécessité d’un traitement médical, qu’il y ait ou non nouvelle incapacité temporaire, et non lorsque la demande ne porte que sur une nouvelle fixation des réparations, en cas d’aggravation de l’infirmité ou de décès de la victime par suite des conséquences de l’accident. »

Constatant ensuite que pour déclarer inopposable à la société la prise en charge du décès de l’assuré, la cour d’appel avait retenu « que selon le décret du 29 juillet 2009 applicable aux procédures d’instruction des accidents du travail ou des maladies professionnelles pour lesquelles la déclaration a été reçue à compter du 1er janvier 2010, ce qui est le cas en l’espèce, la caisse est tenue de procéder à une information de la victime ou de ses ayants droit ainsi que de l’employeur avant de prendre sa décision, dès lors qu’elle procède à une enquête ou à l’envoi d’un questionnaire ; que cette instruction est obligatoire en cas de décès de la victime, conformément à l’article R. 441-11, III, du code de la sécurité sociale; que la procédure d’information doit être contradictoire ; que le troisième alinéa de l’article R. 441-14 indique désormais que lorsqu’il y a une mesure d’instruction, la caisse communique à la victime ou à ses ayants droit et à l’employeur au moins dix jours francs avant de prendre sa décision, par tout moyen permettant d’en déterminer la date de réception, l’information sur les éléments recueillis et susceptibles de faire grief, ainsi que sur la possibilité de consulter le dossier mentionné à l’article R. 441-13 ; que la caisse n’ayant pas procédé à son enquête au contradictoire de l’employeur, alors que les éléments recueillis étaient susceptibles de lui faire grief, sa décision de prise en charge du décès au titre de la législation professionnelle lui est inopposable » elle a dit qu’en statuant ainsi, alors que l’assuré « était décédé après la décision de prise en charge de sa maladie au titre de la législation professionnelle et la notification de l’attribution d’une rente sur la base d’un taux d’incapacité permanente de 100 %, de sorte que s’agissant d’une nouvelle fixation des réparations, la prise en charge du décès de la victime était opposable à la société, la cour d’appel a violé les textes susvisés. »

(Cass. Civ. 2ème 4 mai 2016, sur les pourvois 15-18376 et 15 20003, publié).

Indemnités journalières accident du travail en cas de changement de régimeby Olivia Sigal

Un professeur avait été victime d’un accident du travail en 1999, alors qu’il était professeur vacataire et relevait, à ce titre, du régime général de la sécurité sociale.

Dix ans plus tard, alors qu’il était devenu agent titulaire de l’éducation nationale, ce professeur avait été victime d’une rechute de l’accident de travail de 1999.

La caisse primaire lui avait bien versé des indemnités journalières mais un différend était né de la modalité de calcul de ces indemnités.

En effet, pour déterminer le salaire servant de base de calcul aux indemnités journalières dues à son assuré à la suite de sa rechute de 2009, la caisse avait revalorisé le salaire qui était le sien avant l’accident du travail initial de 1999.

Elle avait procédé ainsi car l’article R 433-1 alinéa 1 du code de la Sécurité Sociale prévoit que « Dans le cas prévu à l’article L. 443-2, où l’aggravation de la lésion entraîne pour la victime une nouvelle incapacité temporaire, l’indemnité journalière est calculée sur la base du salaire journalier de la période mentionnée à l’article R. 433-4, qui précède immédiatement l’arrêt du travail causé par cette aggravation…»

La caisse avait considéré que dans la mesure où le texte précité fait référence à un salaire, le revenu qui devait être prise en compte était nécessairement une rémunération soumise aux cotisations du régime général.

Selon la caisse, puisque l’assuré avait quitté ce régime et perçu un autre type de revenu au cours de la période qui avait immédiatement précédé l’arrêt de travail causé par la rechute, il lui était impossible de calculer le montant de son indemnité journalière sur la base d’un « salaire journalier » de cette période.

Toutefois, se refusant à priver l’intéressé de ses droits à indemnisation, la caisse avait recherché une base de calcul et s’était arrêtée au salaire perçu avant l’accident du travail qu’elle avait pris la peine de revaloriser.

Le professeur avait contesté cette méthode de calcul et fait valoir que si ses indemnités journalières ne pouvaient être calculées sur la base de son traitement de fonctionnaire alors il fallait prendre en compte son dernier mois travaillé lorsqu’il était encore affilié au régime général en 2005.

Les juges du fond ont refusé cette solution et décidé de procéder à une interprétation large des dispositions précitées en assimilant le traitement de fonctionnaire de l’intéressé au salaire visé par le texte.

En d’autres termes, les juges ont condamné la caisse a servir une indemnité journalière calculée sur la base du traitement – qualifié de salaire – que l’enseignant avait perçu antérieurement à la rechute.

La Cour de Cassation a rejeté le pourvoi formé par la caisse à l’encontre de leur décision.

Après avoir rappelé « que, selon l’article R. 433-7 du code de la sécurité sociale , dans le cas prévu à l’article L. 443-2, où l’aggravation de la lésion entraîne pour la victime une nouvelle incapacité temporaire, l’indemnité journalière est calculée sur la base du salaire journalier de la période mentionnée à l’article R. 433-4, qui précède immédiatement l’arrêt de travail causé par cette aggravation» la Cour de Cassation a dit « qu’ayant constaté que M. X… percevait, avant sa rechute, un salaire en sa qualité d’agent titulaire de l’Education nationale, la cour d’appel en a exactement déduit que le montant des indemnités journalières devait être calculé sur la base de cette rémunération. »

Cette décision est intéressante et conduit à s’interroger sur ce qui pourrait être décidé si l’assuré au lieu de devenir fonctionnaire était devenu travailleur indépendant …
(Cass. Civ. 2ème 7 juillet 2016, sur le pourvoi 15-22038, à publier).

Les juridictions du contentieux général de la sécurité sociale sont incompétentes pour connaître des demandes formées contre l’assureur de l’employeur auteur d’une faute inexcusableby Olivia Sigal

Les juridictions du contentieux général de la sécurité sociale sont incompétentes pour connaître des demandes formées contre l’assureur de l’employeur auteur d’une faute inexcusable

Alors qu’il serait souhaitable de simplifier les procédures pour permettre aux assurés d’avoir réparation de leur préjudice aussi rapidement que possible, la Cour de Cassation vient rappeler que la compétence des juridictions du contentieux général de la sécurité sociale

Dans cette affaire, le salarié avait été blessé à l’œil alors qu’il utilisait un pistolet à SPIT.

A la date de consolidation de cet accident, dont la nature professionnelle n’était pas remise en cause, l’assuré présentait un taux d’incapacité permanente partielle de 30%.

Lorsqu’il a engagé une action en reconnaissance de la faute inexcusable de son employeur, celui-ci était en cours de liquidation judiciaire de sorte que la caisse avait sollicité la mise en cause du mandataire liquidateur qui a alors indiqué que l’employeur était garanti par la Compagnie d’assurance AGF ALLIANZ contre les conséquences financières d’une faute inexcusable de l’employeur.

L’assureur a également été appelé en la cause et, la faute inexcusable de l’employeur ayant été reconnue, la caisse a présenté des demandes à son encontre.

Les juridictions saisies ont refusé de prononcer des condamnations à l’encontre de l’assureur et renvoyé la caisse a saisir le tribunal de grande instance pour présenter ses demande.

Elles ont toutefois confirmé que leur décision était commune et opposable à l’assureur.

C’est dans ce contexte que la caisse a formé un pourvoi reprochant aux juges du fond d’avoir rejeté ses demandes formées à l’encontre de l’assureur de l’employeur auteur de la faute inexcusable à l’origine de l’accident et d’avoir refusé de le condamner à lui rembourser toutes les sommes dont elle devait faire l’avance à raison de la faute inexcusable commise par l’employeur

Au soutien de son recours, la caisse a fait valoir que son droit d’agir à l’encontre de l’assureur faute inexcusable d’un employeur ne dérivait pas du contrat d’assurance conclu entre l’assureur et l’employeur mais de l’article L. 452-2 du code de la sécurité sociale qui autorise l’organisme social à récupérer contre un employeur ou l’assureur de celui-ci, en cas d’accident de travail dû à une faute inexcusable, le capital correspondant aux arrérages à échoir de la rente.

Elle a invité la Cour de Cassation a dire que, par suite, les juridictions du contentieux général de la sécurité sociale ont compétence de connaître de l’action en paiement des indemnités complémentaires servies à la victime d’un accident du travail causé par la faute inexcusable de son employeur dont dispose la caisse, subrogée dans les droits du salarié, à l’encontre de l’assureur des conséquences financières de la faute inexcusable.

La Cour de Cassation a décliné cette invitation et refusé de censurer la décision des juges du fond en ce qu’ils s’étaient déclarés incompétents pour condamner l’assureur à rembourser à la caisse les sommes dont l’avance étaient mises à sa charge afin de réparer le préjudice subi par l’assuré à la suite de la faute inexcusable commise par l’employeur et à l’origine de son accident du travail en cause.

Elle a, pour ce faire, retenu « que l’article L. 452-4 du code de la sécurité sociale ne donne compétence à la juridiction du contentieux général de la sécurité sociale, saisie par la victime ou ses ayants droit ou par la caisse primaire d’assurance maladie, que pour connaître de l’existence de la faute inexcusable reprochée à l’employeur et du montant de la majoration et des indemnités mentionnées à l’article L. 452-3 ; que ces dispositions ne font pas obstacle à ce que d’autres personnes y ayant intérêt interviennent à l’instance ou y soient attraites dans les conditions prévues par les articles 330 et 331 du code de procédure civile. »
Elle a ajouté « qu’ayant relevé que la demande en remboursement formulée par la caisse trouvait sa cause dans la garantie de l’assureur, la cour d’appel en a exactement déduit que la juridiction du contentieux général de la sécurité sociale n’était pas compétente pour statuer sur la demande formée à l’encontre de ce dernier, qui pouvait seulement se voir déclarer opposable la décision du juge. »

L’article L. 452-4 du code de la sécurité sociale, ne donne donc compétence à la juridiction du contentieux général de la sécurité sociale, saisie par la victime ou ses ayants droit ou par la caisse primaire d’assurance maladie, que pour connaître de l’existence de la faute inexcusable reprochée à l’employeur et du montant de la majoration et des indemnités mentionnées à l’article L. 452-3 du code de la sécurité sociale.

Reste qu’il est utile d’appeler en la cause l’assureur de l’auteur de la faute inexcusable pour que la décision des juridictions du contentieux général se prononçant sur la faute inexcusable lui soit opposable.

Ce qui est inutile est de présenter des demandes à son encontre devant ces juridictions qui n’ont pas compétence pour prononcer des condamnations à sa charge.

(Cass. Civ. 2ème 31 mars 2016, sur le pourvoi 15-14561).

Website Design & Development for Lawyers by RebellionGeeks.com - Credits

top

Privacy Preference Center

Necessary

Advertising

Analytics

Other